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Pas forts, mais pas morts

Pascal Bérubé accompagné d’Yves-François Blanchet
Photo d’archives, Simon Clark Pascal Bérubé accompagné d’Yves-François Blanchet

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Les Anglais ont une expression célèbre qui semble avoir été faite sur mesure pour le Bloc et le Parti québécois. Elle dit ceci : rien ne concentre autant l’esprit que de savoir qu’on sera pendu à l’aube. Traduction libre : quand on est au bord du précipice, au lieu de s’entêter dans la même direction, mieux vaut s’arrêter et réfléchir à ce qu’on a fait pour en arriver là.

Réunis cette semaine en caucus à Sainte-Agathe-des-Monts, les 10 députés péquistes restants ont donné l’impression contraire. Aux côtés du nouveau chef bloquiste Yves-François Blanchet, l’heure était aux « retrouvailles » et le message, à l’optimisme face à l’avenir.

La défaite historique du PQ ayant frappé très dur, seraient-ils tous en état de déni post-traumatique ? Sûrement pas. Derrière les portes closes, la lucidité devait être pas mal plus brutale.

Depuis 20 ans, le PQ décline. Cette dernière défaite en est l’aboutissement. Les péquistes n’ont cependant jamais voulu le voir. Les post-mortem sans complaisance n’étant pas le style de la haute direction de la maison. Cette fois-ci, le précipice est tellement proche qu’ils n’ont plus le choix.

Existentiel

Ils devront regarder la réalité en face et ils le savent. Leur problème existentiel reste toutefois le même. Depuis 20 ans, le PQ néglige son option. À force de le faire, bien des francophones ont fini par faire la même chose. En cela, le coup porté au projet d’un Québec souverain fait très mal.

Résultat : pour une grande majorité de Québécois, qu’ils soient pour ou contre, l’idée même de souveraineté est dorénavant reléguée au statut peu enviable de rêve impossible à réaliser. S’il y a autant d’ex-péquistes à la CAQ, la vraie raison, elle est là.

Pour le PQ, cette marginalisation du projet souverainiste, qu’il a lui-même nourri, est maintenant le pire obstacle sur son chemin. Le gouvernement Legault prônant un nationalisme post-souverainiste, s’il venait à plaire à une majorité de francophones, quel terreau resterait-il alors au PQ ?

Illusion

Dans un tel contexte, que faire in extremis ? Quand le dommage est aussi profond, la question est vaste. C’est néanmoins LA question à laquelle les péquistes et les bloquistes devront répondre. De leur réponse dépendra leur survie politique.

C’est pourquoi miser sur une meilleure performance du Bloc au scrutin fédéral du 21 octobre n’est qu’une illusion d’optique. Elle éclipse l’essentiel. Du moment où le PQ n’est plus que l’ombre du vaisseau amiral de la souveraineté qu’il fut déjà, la chaloupe bloquiste ne lui sera d’aucun secours.

Que le Bloc se réveille après les élections avec 5, 10 ou 20 députés sur les 338 que compte la Chambre des communes, n’y changerait pas grand-chose.

Si la chose est même possible, et peut-être l’est-elle, pour sauver le vaisseau péquiste ou le refonder, plancher sur le vrai cœur du problème, à savoir que faire du projet souverainiste, est un impératif absolu.

En des temps aussi périlleux, l’éparpillement de la famille souverainiste jusqu’à Ottawa n’est peut-être pas l’idée du siècle non plus.