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Il ira au Mondial avec son chien Canuck

Francis Gélinas, 48 ans, et Canuck, 3 ans, seront du Championnat du monde de skijoring du 29 janvier au 3 février à Bessans, en France.
Photo Pierre-Paul Poulin Francis Gélinas, 48 ans, et Canuck, 3 ans, seront du Championnat du monde de skijoring du 29 janvier au 3 février à Bessans, en France.

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Francis Gélinas s’est envolé dans les derniers jours vers la France où se déroulera, du 29 janvier au 3 février, à Bessans, le Championnat du monde de skijoring. L’adepte des sports attelés de 48 ans sera accompagné de son coéquipier étoile, Canuck.

« Je ne pourrais jamais aller au Championnat du monde sans lui », résume Francis Gélinas. Ce n’est pas faute d’avoir d’autres chiens athlétiques — l’homme de Drummondville et sa conjointe ont toute une petite meute d’Eurohounds, ces bâtards issus du croisement entre des Alaskan Huskies et des Braques, qui sont réputés pour être des bêtes de course endurantes. Or, pour passer au calibre mondial en skijoring, il faut bien entendu des athlètes d’exception, à deux et à quatre pattes.

« Canuck, c’est mon top », dit son propriétaire. À trois ans, la bête est dans ses meilleures années : la jeunesse est de son côté et la sagesse commence à faire son chemin. Aussitôt sorti de sa cage, le Greyster (un Eurohound qui a été croisé avec un redoutable sprinter, le Greyhound) s’élance dans des allers-retours à toute vitesse près de son maître. Soixante-dix livres de muscles sans une once de gras, prêts à exploser sur les sentiers.

« Il adore courir. On ne peut pas forcer un chien à courir pendant des kilomètres, s’il n’y prend pas plaisir. Il va forcément ralentir, et on peut alors oublier les performances », dit Francis Gélinas.

La passion du skijoring

Le skijoring est un sport d’équipe, où la performance dépend non seulement de la condition physique des athlètes à deux et à quatre pattes, mais aussi de leur chimie et du plaisir que le chien prend à courir.
Photo Fotolia
Le skijoring est un sport d’équipe, où la performance dépend non seulement de la condition physique des athlètes à deux et à quatre pattes, mais aussi de leur chimie et du plaisir que le chien prend à courir.

Francis Gélinas a découvert les sports canins douze ans plus tôt avec Kira, un bouvier australien. « Avant ça, je n’avais eu que des chiens de compagnie. Le tempérament et l’énergie d’un chien de bétail m’ont amené à m’initier à l’agilité canine », partage le résident de Drummondville.

Les performances n’ont pas tardé. En 2012, Francis Gélinas est le grand vainqueur aux Championnats provinciaux d’agilité, 22 pouces régulier. Une amie d’agilité lui parle par hasard d’une course de skijoring à Québec. Il s’y présente avec ses deux bouviers australiens, skis de fond classiques aux pieds. Il remporte l’épreuve de 6 km.

« Le calibre n’était pas très compétitif », me précise-t-il immédiatement.

L’expérience lui donne l’envie de s’équiper adéquatement : des skis de fond de patin et des Eurohounds.

« En skijoring, cela me prend des leaders — de chiens de tête. Il n’est pas question pour eux de suivre la voie d’un autre chien ! », dit Francis Gélinas. À ski en équipe avec Canuck, les deux athlètes conservent une vitesse de croisière moyenne d’environ 28 km/h sur une dizaine de kilomètres.

« Certains pensent qu’on travaille moins en étant tiré par un chien... c’est le contraire ! Le cœur pompe encore plus à suivre le rythme — je glisse peut-être plus longtemps par traction de ski, mais tout mon haut du corps doit redoubler d’ardeur », partage l’athlète.

Un mode de vie

Après sa journée de travail qui l’aura tiré du lit à 3 h 30, l’homme qui travaille sur des chantiers de construction s’entraîne deux heures par jour, à ski ou à vélo, selon les saisons. Le lendemain n’est pas consacré au repos.

« C’est le tour des chiens ! Je les entraîne à tour de rôle, un ou deux à la fois. Cela me prend trois heures en comptant le temps d’attelage et les petites récompenses au retour, dit Francis Gélinas. C’est un mode de vie. » Le week-end, le fondeur part skier dans le coin de Québec, où le terrain lui permet de se dépenser physiquement... sans que ses chiens puissent l’accompagner.

« Rares sont les endroits où on peut skier avec un chien au Québec, partage le fondeur. Ma conjointe fait courir les chiens en trottinette ou en cart de Drummondville. Cela me permet aussi de m’entraîner à mon rythme sur des circuits de 25 km. »

Alors qu’on jase entre deux prises de photo, Canuck frissonne. Il fait -20 °C. « -17 °C, c’est la meilleure température pour les performances ! Les chiens ralentissent à chaque degré gagné », dit Francis Gélinas. Canuck n’apprécie visiblement pas l’inertie par un temps pareil. « Il est frileux ! Il n’arrivait pas à supporter la vie avec un musher ; il profite maintenant de la chaleur de notre maison, et moi de la chance d’avoir un chien dont le talent athlétique me permet de participer au Championnat du monde », dit l’athlète de 48 ans.

À Bessans, en France, il devrait faire autour de -5 °C lors des épreuves de la semaine prochaine. Cette chaleur relative n’est pas propice à l’établissement de records de vitesse, mais devinons que le Greyster de trois ans ne s’en plaindra pas trop... Quant à son coéquipier de 48 ans, il a comme objectif de « battre le maximum de pays possible. »

La tradition des sports attelés

Tous les deux ans, le Championnat du monde de skijoring passe d’un côté de l’océan à l’autre. Après l’Ontario en 2017, c’est au tour de la région de Bessans en France d’être l’hôte de l’événement en 2019. Année après année, le calibre penche toutefois toujours vers l’Europe. « Là-bas, on a des jeunes qui s’y lancent avec l’enthousiasme qu’on a ici pour le hockey. Ils ont aussi de nombreux athlètes olympiques qui font une deuxième carrière sur ce circuit, par exemple des athlètes de biathlon », dit Francis Gélinas.

Certaines des épreuves du circuit mondial ne se retrouvent pas sur les circuits québécois et canadiens, par exemple l’épreuve de pulka qui, fidèle à la tradition scandinave, ajoute une luge de 50 lb dans l’équation des deux athlètes.

Les Eurohounds et Greysters dominent les podiums des compétitions internationales. Les Alaskan ou les chiens nordiques sont choisis comme chien d’attelage, lorsque l’endurance et la résistance aux éléments extérieurs sont critiques. Tous les chiens énergiques en bonne santé — et leurs maîtres — peuvent s’initier aux sports attelés.

♦ Pour plus de renseignements sur les sports attelés au Québec, notamment le circuit de compétitions et les clubs d’initiation : canicrossquebec.org