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Ils ont facturé pour des morts

Six pharmaciens se sont fait prendre par la Régie de l’assurance maladie et ont dû rembourser jusqu’à 650 000$

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Photo Éric Yvan Lemay Le gouvernement a décidé de serrer la vis aux pharmaciens délinquants en augmentant les pouvoirs des enquêteurs de la Régie de l’assurance maladie du Québec. 

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Six pharmaciens se sont fait réclamer jusqu’à 650 000 $ par Québec après avoir notamment facturé des services qu’ils disaient avoir rendus à des patients... pourtant décédés.

Les nouvelles données rendues publiques, hier, par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) ont de quoi surprendre. Parmi les 15 pharmaciens qui ont été pris à facturer en trop au cours de la dernière année, six d’entre eux l’ont fait auprès de patients décédés ou hospitalisés.

Les pharmaciens ont droit à des honoraires chaque fois qu’ils exécutent une prescription ou qu’ils effectuent certains autres actes liés aux médicaments.

Certains ont ainsi poussé l’audace jusqu’à facturer la Régie pour des patients qui avaient rendu l’âme, afin de grossir leurs revenus.

Les données de la RAMQ ne permettent pas de savoir s’il s’agit d’erreurs de bonne foi ou de manœuvres frauduleuses.

Dans le cas des patients hospitalisés, c’est l’établissement qui prend en charge la médication. Un pharmacien ne peut donc pas réclamer des services pour un client qui se trouve sur un lit d’hôpital.

2,7 millions $ versés en trop

Au total, Québec a ainsi réclamé un peu plus de 2,7 millions $ auprès des pharmaciens fautifs.

En plus de montants facturés pour des morts ou des personnes hospitalisées, on apprend que des pharmaciens ont réclamé des sommes pour des médicaments qui n’ont jamais été remis à des clients.

C’est le cas d’un pharmacien qui a réclamé des services non rendus pour 57 médicaments différents. Au total, la RAMQ lui a réclamé 649 414 $.

C’est la première fois depuis 2016 que la RAMQ rend de telles réclamations publiques concernant les pharmaciens.

Avant cette date, les sommes versées en trop n’étaient pas récupérées sauf si un patient en faisait la demande. La Loi sur l’assurance maladie a été modifiée pour donner plus de pouvoirs aux enquêteurs de la Régie.

D’autres résultats d’enquête, concernant des médecins, avaient été rendus publics en décembre. Pas moins de 112 médecins s’étaient fait réclamer plus de 6 M$ facturés en trop depuis 2013.

Un psychiatre à lui seul avait surfacturé pour un peu plus de 1 M$.

Les noms restent cachés

Il est toutefois impossible de savoir qui sont les professionnels de la santé fautifs. La Régie a décidé de ne pas révéler l’identité de ceux qui ont facturé en trop.

Elle devait rendre certains de ces noms publics hier, notamment ceux des médecins mis à l’amende à la suite d’enquêtes, mais elle a reculé.

Les fédérations des médecins spécialistes et omnipraticiens s’opposent à cette publication. Des procédures judiciaires ont été entamées pour contester l’article de la loi qui devait permettre de les rendre publics.

Transparence

La ministre de la Santé, Danielle McCann, s’était pourtant engagée à ce que les noms soient rendus publics il y a deux mois.

« Nous sommes le gouvernement de la transparence. C’est fini la culture du secret telle qu’on l’a vécue avec le gouvernement libéral », avait dit la ministre.

Elle réagissait à la décision de la RAMQ de ne pas fournir une copie de 24 dossiers d’enquête promis à notre Bureau d’enquête depuis un an.

 

Quatre cas troublants

Il facture à tout vent

Un pharmacien a dû rembourser pas moins de 650 000 $ à la Régie. On lui reproche d’avoir facturé ses services pour des patients décédés, mais aussi d’avoir réclamé des services non rendus pour 57 médicaments différents.

Profits illégaux

La Régie a réclamé près de 115 000 $ à un pharmacien. Les enquêteurs de la RAMQ ont découvert qu’il avait vendu des médicaments plus cher que le prix qu’il les avait payés. Or, les pharmaciens n’ont pas le droit de faire de profit sur le prix d’un médicament.

Insuline en seringue

L’enquête sur un pharmacien a permis de déterminer qu’il ne respectait pas l’entente de rémunération en faisant de la mise en seringue d’insuline.

Patients hospitalisés

Deux pharmaciens se sont fait prendre à facturer leurs services pour des patients hospitalisés. Or, lorsque quelqu’un est à l’hôpital, c’est le pharmacien de l’établissement, payé à salaire, qui en prend la charge.