/opinion/columnists
Navigation

Le courage au féminin

bloc voile musulmane
Photo Fotolia

Coup d'oeil sur cet article

Nadia El-Mabrouk, professeure à l’Université de Montréal, Québécoise musulmane d’origine tunisienne, n’a pas peur des mots. Cette femme est une des rares musulmanes à tenir publiquement des propos qui contreviennent au discours idéologique sur le féminisme et la laïcité.

Invitée à participer au colloque de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal dans le cadre du 100e anniversaire de l’Alliance, elle s’est fait expulser de l’événement. Une proportion d’enseignants en colère contre celle qui ose s’opposer au port des signes religieux a amené les dirigeants syndicaux à annuler sa participation.

Cette femme mène avec quelques autres musulmanes une lutte contre tous ceux qui dénoncent « l’islamophobie » des Québécois favorables à l’interdiction des signes religieux, que le projet de loi de la CAQ souhaite adopter.

Il faut donc reconnaître qu’une partie des enseignants syndiqués de Montréal favorisent la censure. Ils refusent d’entendre d’autres points de vue que le leur et ne tolèrent pas la pluralité d’opinions.

Intolérance

Malheureusement, nous sommes face à une offensive qui se poursuit alors que des tenants de l’intolérance remportent des victoires à la fois concrètes et systématiques contre l’objectif de la laïcité que s’apprête à rendre officiel le gouvernement.

Des femmes comme Nadia El-Mabrouk, Djemila Benhabib, Leila Lesbet, Ensaf Haidar, la femme de Raif Badawi, emprisonné depuis six ans en Arabie saoudite, ou Fatima Houda-Pepin sont des modèles de courage pour l’ensemble des Québécoises.

Elles et d’autres comme elles sont des héroïnes et des pionnières d’un féminisme sans complexes, dépouillé de rectitude politique. Ces femmes se font invectiver, insulter, menacer. On les traite d’islamophobes, de salopes. Des Québécoises de souche, aveuglées par l’idéologie d’extrême gauche communautariste, leur donnent même des leçons d’orthodoxie islamiste. Quelle honte !

Or ces femmes et d’autres immigrantes comme elles ont quitté leur pays pour fuir cette culture qui en faisait des citoyennes inférieures aux hommes.

Terrorisme intellectuel

Il est inquiétant que des enseignants membres de l’Alliance réussissent en exerçant une forme de terrorisme intellectuel à exiger de leurs dirigeants syndicaux qu’ils se transforment en censeurs.

Il est vrai qu’au-delà des grands principes, le syndicat protège d’abord ses membres, dont un nombre non négligeable de femmes voilées, visées éventuellement par l’interdiction des signes religieux. Mais on sait aussi qu’une partie de ces femmes voilées ont un objectif politique inavoué malgré les propos enrobés de bons sentiments qu’elles tiennent sur le voile, qui ne serait qu’une coquetterie culturelle. Le voile est aussi un sabre, que cela se sache.

L’on éprouve un grand malaise devant ce geste de censure de l’Alliance des professeurs de Montréal. Et nous savons que nombre d’enseignants s’opposent à cette décision, qui éclabousse une profession censée être guidée par une éthique qui protège les jeunes de tout endoctrinement. Alors combien d’enseignants bourrent le crâne des jeunes ?

Il faut espérer une levée de boucliers devant ce geste contre la liberté d’expression. À cet égard, saluons la décision de Pascale Navarro, la militante féministe, d’avoir annulé sa participation au colloque. Et attendons que d’autres participants, parmi lesquels Françoise David, fassent de même.