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L’inquiétude est à son comble chez les chauffeurs de Téo Taxi

L’entreprise a annoncé qu’elle repoussait le paiement des bonis de performance

La lourdeur administrative et des lacunes du système de répartition chez Téo Taxi contribueraient à ses difficultés financières.
Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin La lourdeur administrative et des lacunes du système de répartition chez Téo Taxi contribueraient à ses difficultés financières.

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La morosité s’est installée chez les chauffeurs de Téo Taxi, d’autant plus que l’entreprise vient de reporter le paiement de leurs primes de performance.

« Ce sont des bonis qui sont basés sur le nombre d’étoiles de satisfaction données par les clients. Ils auraient dû nous être versés au début du mois, parce qu’ils le sont habituellement sept jours après la fin de chaque trimestre, mais on nous a avisés que ça irait au 8 février. Je ne sais pas si ça va être notre boni de fin d’emploi, finalement... », a confié hier au Journal un chauffeur qui a requis l’anonymat.

Or, comme on s’attend à ce que la société mère de Téo, Taxelco, se place à l’abri de ses créanciers la semaine prochaine, ces sommes risquent de se transformer en créances, de sorte que leur sort serait remis entre les mains d’un tribunal.

Stéphane Lacroix, porte-parole du syndicat des Teamsters, a confirmé que les primes n’ont pas été versées.

« Tous les travailleurs sont très inquiets et très déçus de la tournure des événements », a-t-il affirmé.

Les chauffeurs sont officiellement syndiqués depuis le 1er janvier. La semaine prochaine, les Teamsters tiendront des réunions pour faire le point sur les négociations avec l’employeur, qui doivent débuter sous peu.

« Ça risque plutôt de virer en assemblée d’information, a noté M. Lacroix. Le problème, c’est que l’employeur ne rend pas nos appels. Alors on n’est pas en mesure de savoir ce qui se passe. On aimerait connaître le plan de match de l’employeur. »

Structure lourde

Depuis le début de l’année, plusieurs voitures, dont des rutilantes Tesla acquises l’an dernier, ont été retirées de la flotte active pour être entreposées. Résultat : il n’est pas rare que les chauffeurs doivent attendre dans la voiture pendant la recharge de celle-ci, l’entreprise n’ayant plus assez de véhicules en service pour assurer un roulement continu.

« D’après moi, ils ont arrêté d’utiliser les voitures plus récentes pour qu’elles gardent de meilleures valeurs de revente », a expliqué notre source. Ce ne seraient donc plus 190 voitures, mais tout au plus 130 qui seraient actuellement disponibles.

Le chauffeur refuse qu’on attribue les difficultés financières de Téo Taxi à la syndicalisation. Selon lui, l’entreprise a du mal à faire ses frais en raison notamment de sa lourdeur administrative et des lacunes de son système de répartition.

« Il y a tellement d’employés et de hiérarchie au siège social que ça ressemble à une commission scolaire », a-t-il ironisé.

Pendant la période cruciale des partys de Noël, le mois dernier, une panne technologique a paralysé le système de Téo pendant trois heures, un samedi soir.

« Il n’y avait plus d’appels qui entraient, les agents étaient débordés au centre de service et il fallait trouver nous-mêmes des clients dans la rue », a raconté le chauffeur.

60 M$ de fonds publics

Jessica Théroux, porte-parole de Taxelco, n’a pas souhaité commenter ces informations, hier.

Rappelons qu’au moins 60 millions $ de fonds publics ont été engloutis dans Téo Taxi et Taxelco depuis 2015. La Caisse de dépôt et placement, le Fonds de solidarité FTQ, Fondaction CSN ainsi qu’Investissement Québec ont mis la main à la pâte, sans compter des dizaines d’investisseurs privés.

La Banque Nationale, Fiera Capital et Finalta Capital ont également prêté des millions au groupe mis sur pied par l’ex-dragon Alexandre Taillefer.