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Des tactiques qui rappellent la commission Charbonneau

Un entrepreneur exigeait un pourcentage à ses sous-traitants pour travailler

Bibliothèque de Pierrefonds
Photo PIerre-Paul Poulin La bibliothèque rénovée au coût de 20 M$ devait être livrée l’automne dernier, mais les travaux accusent du retard.

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Un entrepreneur aurait réussi à soutirer des milliers de dollars à la Ville de Montréal, depuis 2017, grâce à un stratagème complexe qui lui permettait de gonfler le prix de certains travaux.

Un rapport du Bureau de l’inspecteur général de Montréal (BIG), déposé lundi, blâme l’entreprise Les Constructions Lavacon inc., qui a décroché un contrat de 20 M$ pour la rénovation de la bibliothèque de Pierrefonds.

L’inspectrice générale, Brigitte Bishop, juge la situation « inadmissible » et recommande que la firme soit bannie des contrats de la Ville pendant cinq ans.

Brigitte Bishop. Inspectrice générale
Photo courtoisie, Dominique Cambron-Goulet
Brigitte Bishop. Inspectrice générale

De plus, le dossier sera transmis à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) et à l’Autorité des marchés publics (AMP).

Surfacturation

L’entrepreneur aurait utilisé plusieurs sous-traitants pour surfacturer la Ville, rapporte le BIG. Il leur demandait indûment une « compensation » de 5 % à 15 % du montant facturé pour les imprévus.

Voyant leur marge de profit grugée par ce pourcentage, plusieurs sous-traitants ont augmenté leurs prix et c’est la Ville de Montréal qui en a payé les frais.

Selon les propos relatés par le BIG, plusieurs sous-entrepreneurs devaient s’engager à verser une « cote » à Lavacon pour pouvoir œuvrer sur le chantier. Cette « cote » aurait été facturée même si le sous-traitant refusait ce stratagème, souligne un sous-traitant cité dans le rapport de Me Bishop.

Selon le rapport, Lavacon justifiait cette « compensation », car il « défend » le sous-entrepreneur auprès de la Ville « pour certains litiges et changements ».

Des profits réduits

Forcés de payer une redevance parfois aussi élevée que 15 % à Lavacon, quatre sous-entrepreneurs ont avoué avoir augmenté leurs prix pour continuer de faire du profit.

« Deux de ces quatre sous-traitants ont expliqué que c’est un employé même de Les Constructions Lavacon inc. qui leur a dit de hausser le montant des estimations pour compenser », indique l’inspectrice générale.

En plus de réclamer cette « cote », Lavacon a également augmenté le prix de deux factures de quelques milliers de dollars par rapport à l’estimation de ses sous-traitants, selon le BIG.

Un extra évalué à 13 500 $ par un sous-traitant a ainsi été facturé 15 120 $ par Lavacon à la Ville. Et finalement, l’entrepreneur général n’a payé son sous-traitant que 12 150 $.

Lavacon n’a pas rendu les appels du Journal, lundi, mais a nié « catégoriquement » les allégations du BIG dans un communiqué.

Devant les enquêteurs, le président Luigi Pallotta a défendu son système de compensation prétendant que cela ne concernait pas la Ville. « Ça nous appartient à moi et mon sous-traitant », leur a-t-il affirmé.

♦ Les allégations contenues dans le dernier rapport du BIG rappellent ce que les contribuables ont entendu entre 2012 et 2014 à la commission Charbonneau. La Commission avait démontré que des entrepreneurs avaient utilisé toutes sortes de moyens pour gonfler de 20 à 30 % le prix des contrats à Montréal. Il pouvait s’agir de faux extras, d’ententes de collusion et de pots-de-vin payés à des ingénieurs et des surveillants de chantier.