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Elle lui donne son congé alors qu’il a un cancer grave

L’urgentologue qui a soigné l’homme de 73 ans a reconnu son erreur

JOHANNE MORIN DRE
Photo Martin Alarie La Dre Johanne Morin, chef des urgences au CISSS de la Montérégie-Est, a plaidé coupable à trois chefs d’infractions devant le Collège des médecins.

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Un patient de l’Abitibi qui avait eu congé d’un hôpital de Longueuil a subi un « véritable calvaire » de souffrances durant 12 heures pour retourner chez lui, où il a finalement été opéré d’urgence pour un cancer grave.

La Dre Johanne Morin a plaidé coupable à trois chefs devant le Conseil de discipline du Collège des médecins du Québec (CMQ), le 6 décembre.

« Je regrette infiniment la tournure des événements », a reconnu la chef du département des urgences du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Est.

« Ce genre de choses là n’arrivera plus jamais à un de mes patients », a-t-elle promis.

L’histoire remonte au 30 décembre 2013, quand un patient de 73 ans, dont l’identité est protégée, se présente à l’urgence de l’hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil.

Originaire d’Abitibi, l’homme qui était en visite dans la région avait des symptômes de gastroentérite et de constipation. À 8 h, la Dre Morin lui a donné son congé.

Selon le syndic, la médecin a soupçonné une tumeur cancéreuse, mais a congédié le patient puisqu’il avait un examen prévu en Abitibi, au début de 2014.

Pire que le cancer

« Dre Morin aurait insisté pour qu’ils [le patient et sa conjointe] partent tout de suite. Ils voulaient rester, ils étaient fatigués et n’avaient pas dormi de la nuit », a témoigné la Dre Sylvie Tremblay, syndic du CMQ.

Le voyage vers La Sarre a été un « véritable calvaire », et l’homme a été très malade.

« Il m’a toujours dit que son cancer, ce n’était rien comparativement à la souffrance qu’il a eue cette journée-là », a confié au Journal la conjointe du défunt.

En raison d’un accident sur la route, le couple a mis 12 heures pour arriver à l’hôpital de La Sarre. Il devait être opéré d’urgence, mais il n’y avait pas d’anesthésiste sur place.

Transféré à Amos le lendemain, il a subi une intervention chirurgicale pour un cancer avancé avec métastases. L’homme est finalement décédé à l’été 2015.

Pas vu l’image

Selon le syndic, la Dre Morin a omis de demander certains examens avant de donner son congé au patient.

Par ailleurs, la Dre Morin a avoué ne pas avoir vu une image du résultat de radiographie.

« Si j’avais vu cette image-là, ça aurait changé ma conduite », a-t-elle dit.

Après les faits, la conjointe du défunt a déposé une plainte à l’hôpital. Or, aucune sanction disciplinaire n’a été imposée.

« C’est ça le message qui a été envoyé à Mme [...]. C’est que les médecins se protègent entre eux. Et ce n’est pas le bon message », a plaidé Me Anthony Battah, avocat du syndic.

Le syndic a demandé une radiation de cinq mois, et l’avocat de la Dre Morin a suggéré un mois.

Le Conseil a pris le tout en délibéré. La Dre Morin n’avait pas d’antécédents disciplinaires.