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SAQ : non, les employés ne sont pas gras dur

Bloc SAQ
Photo d'archives, Stevens LeBlanc

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On se livre, depuis une semaine, à un de nos sports nationaux préférés : casser du sucre sur le dos des employés de la Société des alcools du Québec. Cette fois-ci, la panique générale est liée à une augmentation du salaire des employés de magasin, qui passerait, en trois ans, de 19,33 $ l’heure à 20,46. C'est aller un peu vite en affaire: la hausse salariale n'est nullement scandaleuse. Cependant, la colère peut être compréhensible quand on pense à l'inégalité avec les travailleurs de services essentiels. Elle ne vise pas au bon endroit.

Contextualisons   

La dernière augmentation remonte à avril 2016. La nouvelle convention devait débuter en avril 2017, et augmentait le salaire horaire à 19,67. On parle donc ici d’une augmentation de 34 cents. Puis, le 1er avril 2018, ce chiffre est passé à 20,06 $, une augmentation de 39 cents. Le 1er avril prochain, si la convention collective est adoptée, le salaire passerait donc à 20,46, une augmentation de 40 cents.   

La moyenne de 2016 à 2019 indique donc que l’augmentation annuelle est de moins de 2 pour cent. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat.   

Qui plus est, les employés passeraient de 38 à 37h par semaine. La vraie augmentation, pour le temps de la convention, serait ainsi de 10,5 pour cent sur six ans. Nous nous situons encore une fois ici en dessous du 2 pour cent de hausse.   

Mes références à la convention collective sont au conditionnel, car, encore une fois, elle n’est pas encore adoptée. Elle est à l’étude. Le vote n’est pas fait. Nous spéculons.   

Et il n’est pas dit qu’elle passera : plusieurs éléments irritent les employés, notamment le fait que les travailleurs à temps partiel n’ont aucune garantie d’heures ou d’horaire. Cela effraie tout particulièrement les nouveaux employés. Les seuls postes qui existeraient toujours seraient ceux des réguliers. Les patrons retirent quant à eux plusieurs avantages.    

Pour finir, nous aurions tort de ne voir dans ces employés que des caissiers. Ce sont également des vendeurs. Et les vendeurs font rentrer beaucoup d’argent dans les coffres de cette vache à lait qu’est la SAQ.    

Et les autres?   

Plusieurs collègues martèlent, avec raison, que d’autres employés du secteur public, comme les préposés aux bénéficiaires, méritent encore plus de telles augmentations salariales. C’est vrai.   

D’autres pointent l’excellent rapport de force syndical dont disposent ces employés. C’est également vrai. Faut-il pour autant niveler par le bas? Faut-il, parce que d’autres catégories professionnelles en arrachent davantage que les employés de la SAQ, que ceux-ci renoncent à utiliser leur rapport de force?   

Certainement pas. Et les moyens employés par les travailleurs de la SAQ pourraient bien inspirer ceux de ces secteurs. Katia Lelièvre, présidente du syndicat des employés de la SAQ, avait bien raison de déclarer à TVA vendredi soir que le problème réside dans la Loi sur les services essentiels , qui prive dans les faits les travailleurs de nombreux secteurs de leur droit de grève.    

Le gouvernement est, de fait, libre de désigner lui-même ce qu’est un service essentiel, et par conséquent si ses travailleurs sont en droit d’utiliser le moyen de pression le plus efficace qui soit : la grève. Cette loi se fonde bien entendu sur des motifs totalement légitimes, cherchant à assurer que le citoyen bénéficie en permanence de ces services et qu’il ne soit jamais pénalisé.     

Cette loi ne doit cependant pas servir à maintenir un rapport de force naturel dans les négociations avec les travailleurs qui font vivre ces mêmes services, lequel est la véritable cause de cette inégalité entre les employés de la SAQ et les employés gouvernementaux comme les préposés aux bénéficiaires.    

  

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 Simon-Pierre Savard-Tremblay, socio-économiste (Ph.D.)       

 Pour me contacter : simonpierre.savardtremblay@ehess.fr