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Eleider Alvarez: un champion qui n’est pas rassasié

Alvarez défendra son titre mondial pour la première fois samedi au Texas

SPO-Feature sur Eleider Alvarez
photo agence qmi, mario beauregard Eleider Alvarez y met toute la gomme durant sa préparation pour son combat contre Sergey Kovalev.

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Les grands champions ont marqué l’histoire de la boxe par leurs habiletés dans le ring, mais aussi par leurs capacités à relever les défis qui se sont présentés devant eux. Eleider Alvarez est ce type de champion.

Le 4 août dernier à Atlantic City, le Montréalais d’origine colombienne (24-0, 12 K.-O.) a provoqué une onde de choc dans le monde de la boxe et au Québec en détrônant Sergey Kovalev avec un superbe knock-out.

Le Russe avait une clause de revanche dans son entente avec Alvarez. Il a décidé de s’en prévaloir rapidement, estimant que sa défaite contre le protégé de GYM était un « accident ».

Par contre, sa promotrice Katy Duva a étiré le délai de 120 jours au maximum pour confirmer la présentation du deuxième affrontement. Le champion WBO des mi-lourds a donc rendez-vous avec Kovalev pour la deuxième fois en six mois, samedi à Frisco, au Texas.

Ce défi stimule le protégé de GYM au plus haut point.

« Ma première motivation est de garder ma ceinture, a indiqué Alvarez lors d’une généreuse entrevue avec Le Journal de Montréal, quelques jours avant son départ. La deuxième est de prouver à Kovalev que le résultat du premier combat n’était pas un accident comme il le prétend sur les réseaux sociaux depuis le 4 août.

Je vais tout faire pour qu’il y ait un deuxième accident lors de notre deuxième duel. »

Dans sa zone

Lorsqu’il est question de Kovalev, Alvarez demeure calme en apparence, mais on sent que son sang bout dans ses veines. Il est bien conscient que ce deuxième combat pourrait ajouter du poids à son statut de champion au sein de la catégorie des 175 lb.

C’est l’une des raisons pour lesquelles il est encore affamé. Et lorsqu’il l’est moins, son entraîneur Marc Ramsay s’assure de le ramener dans cet état d’esprit. On a assisté à une scène qui le démontre bien lors de notre passage au gymnase Sherbatov.

« Hey Eleider ! Est-ce que tu savais que tu étais encore le négligé pour le prochain combat contre Kovalev ? » a lancé Ramsay en boutade alors que son boxeur était dans le ring en train de faire du shadow.

Alvarez a continué de lancer des coups dans le vide comme s’il n’avait rien entendu. Imperturbable. Puis, il a répondu à Ramsay :

« Je m’en fous Marc ! N’essaye pas de me déconcentrer, ça ne marchera pas ! » a répliqué le champion avec le sourire.

On pourrait penser que les accusations de voies de fait contre une femme portées contre Kovalev auraient pu ajouter une source de motivation supplémentaire au monarque des mi-lourds. Toutefois, le boxeur n’a pas voulu s’aventurer sur ce terrain glissant.

« Il y a des gens qui m’ont mis au courant de cette affaire, mais tout ce qui concerne Kovalev ne m’intéresse pas. Ça lui appartient. Je fais comme si je n’entendais rien à son sujet et je suis uniquement concentré sur mon combat. »

Un camp dur et long

Lorsqu’un boxeur devient champion du monde, il a parfois tendance à s’asseoir sur ses lauriers. On a constaté que ce n’est pas le cas d’Alvarez.

Lors de notre passage à son gymnase, il a enchaîné les exercices avec trois chandails, un manteau et un sac de poubelles sur le dos afin de poursuivre sa coupe de poids amorcée au premier jour du camp. De ce côté, tout va bien.

Il y a une scène qui a démontré que sa rage de vaincre est encore à son plus haut niveau. Le champion du monde a effectué des séquences de 10 secondes qui visaient à peaufiner son explosion.

À chaque série, il devait se défoncer dans un sac d’entraînement sous les cris de ses deux entraîneurs. Le pugiliste a répété ce manège à 10 reprises avec une minute de pause entre chaque séance de torture.

Le tout s’est déroulé devant les yeux de plusieurs enfants qui étaient au Sherbatov pour des cours. Ceux-ci ont regardé Alvarez avec respect et admiration. Une belle scène.

À la fin de l’exercice, « Storm » était vidé. Il n’a jamais abandonné même si c’était ardu. C’est à l’image du camp qu’il a amorcé en septembre.

« Il était plus difficile que celui du premier combat contre Kovalev, a reconnu Alvarez. Je me suis entraîné encore plus durement. Avant mon départ pour la Colombie, j’ai été en mesure d’apporter des correctifs qui me seront utiles samedi. »

Son séjour dans son pays natal s’est mieux déroulé que la dernière fois.

« Je me sentais mieux dans mon corps, a-t-il mentionné. Au niveau de ma préparation physique, je n’ai pas été obligé de repartir à zéro. Je ressentais encore les effets positifs de mon premier camp à Bogota. »

La notoriété avant l’argent

Depuis sa brillante victoire, Alvarez a signé un lucratif contrat avec le promoteur Top Rank et le réseau de télévision ESPN. Cependant, pour Alvarez, le montant qu’il empochera dans les prochaines années importe peu.

« À mes yeux, la notoriété est plus importante que l’argent. C’est de cette façon que mes parents m’ont élevé, a souligné le boxeur de 34 ans qui a grandi à Turbo. J’ai mis cela au clair avec mon entourage après ma victoire. L’argent ne me changera pas. Je suis le même Eleider Alvarez qu’avant. Je suis toujours aussi accessible. »

Il souhaite laisser sa trace dans l’histoire de la boxe de son pays natal, mais aussi de celle de sa terre d’adoption. Alvarez est devenu le premier champion du monde colombien chez les mi-lourds.

« C’était important pour moi de pouvoir réaliser cet exploit, a-t-il indiqué. D’une certaine façon, je crois que j’ai aussi marqué l’histoire au Québec en devenant champion après avoir surmonté plusieurs obstacles. Je veux que les gens se souviennent de moi pour les bonnes raisons. »

Samedi au Texas, Alvarez défendra son titre pour la première fois. Il a fait ses devoirs et il est prêt pour son deuxième examen contre Kovalev.

Il suffit de savoir s’il le réussira à nouveau avec distinction.

Un Alvarez encore plus puissant

Lors du premier duel contre Eleider Alvarez, Sergey Kovalev avait été surpris par la force de frappe de son adversaire. À la lumière des informations du dernier camp du champion, il pourrait être habité par le même sentiment lors du deuxième choc.

Le Montréalais d’origine colombienne s’est entraîné avec acharnement au cours des dernières semaines. Et les résultats sont probants.

« Eleider est beaucoup plus fort qu’avant le premier combat et il est capable de générer plus de puissance, a indiqué l’entraîneur Marc Ramsay. Je compile les résultats de tous les exercices qu’il fait pendant le camp.

Durant celui-ci, il a établi des marques personnelles dans tout ce qu’il faisait ou presque. Il était surtout motivé à démontrer que sa dernière victoire était le résultat de son travail et non d’un coup de chance. »

Ramsay et son équipe ont revisionné le premier combat contre Kovalev (32-3-1, 28 K.-O.) à une dizaine de reprises.

Ils ont également regardé d’autres duels passés du Russe, dont ses deux défaites contre l’excellent Andre Ward.

« Il y a des choses qui se répètent à chacun de ses combats et qui ne mentent pas, a précisé Ramsay. Ce sont des données qui vont rester, peu importe l’identité de son entraîneur, ou la façon [dont] il se prépare.

On a davantage regardé les vidéos des sparrings d’Eleider afin d’apporter les bons correctifs. On a travaillé sur quelques aspects en défensive, ce qui est très important dans les combats de haut niveau. »

Confiance

La victoire contre Kovalev a procuré une bonne dose de confiance à Alvarez. Pas celle qui le ferait tomber dans le piège de sous-estimer son aspirant.

« Eleider a gagné une petite coche à ce niveau en devenant champion, a expliqué Ramsay. Même chose du côté physique.

Lorsqu’on a affronté Kovalev pour la première fois, Eleider n’avait pas eu de combat depuis 14 mois. On partait de très loin. C’est toujours important d’avoir un momentum en étant actif dans le ring. »

Celui qui est l’entraîneur de plusieurs boxeurs de pointe compare la situation de son pugiliste à un jeu qui se déroule dans les cours des écoles primaires.

« Comme champion, tu peux avoir le syndrome du roi de la montagne, a-t-il expliqué. Une fois qu’il est au sommet, il observe un peu tout le monde avec le risque d’être moins proactif.

Dans ce temps-là, c’est le rôle de l’entraîneur de motiver son boxeur et de trouver un nouvel angle du défi qui l’attend. Il faut que tu saches le piquer dans sa fierté afin qu’il soit toujours aux aguets. »