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Ze book in Paris

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Récemment, je vous parlais du magazine français Elle, qui se couvrait de ridicule en utilisant sans arrêt des mots anglais : buzz, arty, come-back, hit list, it bag, beauty scoop.

Mon collègue et ami Guy Fournier, qui est souvent à Paris, m’avait répondu que ce magazine ne représentait pas la façon dont on parle en France.

Mais voulez-vous savoir la meilleure ? Une centaine de personnalités françaises viennent de publier une pétition pour dénoncer le fait qu’au Salon du livre de Paris, en mars, il y aura trop d’expressions anglaises ! Du coup, il était temps que les Français se réveillent, peuchère !

Une agression culturelle

Quand on regarde la liste des expressions anglaises qui sont utilisées pour le Livre Paris (qui aura lieu en mars), on se demande si on doit en rire ou pleurer de rage. Voici un extrait de la pétition signée par les personnalités françaises, dont Tahar Ben Jalloun et Leïla Slimani : « Bookrooms (espaces de rencontre) où l’on pourra s’adonner à un Brainsto (discussion libre) et même à un Photobooth (photos sur les réseaux sociaux). Tout cela en écoutant un Live (lecture et performance musicale) ou en participant à un Bookquizz (jeu-questionnaire) ».

Misère ! Dans un salon où on est censé célébrer la littérature, l’amour des mots, la beauté de la langue, quel plouc a pensé que ce serait malin de donner des noms anglais à tous ces événements ?

Mais l’expression la plus loufoque de toutes, tenez-vous bien... c’est que la littérature pour les jeunes adultes est appelée : Young Adult !

Excusez-moi si j’ai envie d’utiliser quelques jurons religieux.

Je peux comprendre, à la rigueur, qu’on utilise un mot anglais pour décrire quelque chose qui n’a pas d’équivalent en français. Mais il n’y a aucune excuse pour utiliser Young Adult alors que les mots « jeune adulte » existent et se prononcent très bien.

Comme l’a écrit Bernard Pivot lui-même sur son compte Twitter : « Pétition signée de nombreux écrivains et journalistes contre l’utilisation de l’anglais par le Salon... du livre de Paris ! “Le live... Young Adult... ” Incroyable ! Je signe aussi ».

Pour les signataires, c’est la goutte qui fait déborder le vase. « Ce Young Adult, parce qu’il parle ici de littérature francophone, parce qu’il s’adresse délibérément à la jeunesse francophone en quête de lectures, est de trop. Il devient soudain une agression, une insulte, un acte insupportable de délinquance culturelle », écrivent les intellectuels.

La belle province

« Dans les rues, sur la Toile, dans les médias, dans les écoles privées et dans les universités, partout, en fait, l’anglais tend à remplacer peu à peu le français – à la vitesse d’un mot par jour, une atteinte grave à une culture et à une pensée plus que millénaires, et que partagent près de 300 millions de francophones. »

J’ai comme l’impression que, dans cette dernière référence, les intellectuels français parlent un peu de nous, Québécois.

On a si souvent entendu les Français vanter notre force de résistance, notre Loi 101, notre combat pour l’amour de la langue.

S’il vous plaît, ne leur dites pas que, du 1er au 7 février, au Québec, c’est la Poutine Week.