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Des chauffeurs en colère contre la façon de faire

L’entreprise ferme ses portes de manière cavalière renvoyant 455 chauffeurs

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Même si c’était écrit dans le ciel depuis quelques mois, la fermeture brutale de Téo Taxi mardi matin a pris par surprise ses 455 chauffeurs, qui ont l’impression d’avoir joué dans « un mauvais film ». 

« Ç’a été un choc. Mais il y avait des signes comme les voitures entreposées, les primes retenues, le manque de progrès avec le syndicat ou le fait qu’Alexandre Taillefer ait démissionné sans jamais revenir », remarque le chauffeur Kambiz Sobhi Afshar.   

Pire que le congédiement de masse, c’est surtout « la façon de faire » de Téo Taxi qui a irrité les conducteurs qui dénoncent avoir été remerciés... par courriel.    

« Ce matin [mardi], j’ai ouvert mon téléphone. J’ai vu une lettre de licenciement général pour les chauffeurs. Comme ça, à froid », déplore son collègue Mohammed Laouni qui n’en revient toujours pas.    

Gardiens de sécurité 

Même chose pour Amir Asgharzadeh, qui ne saisit pas pourquoi Téo Taxi disait, il y a quelques heures à peine, que tout s’arrangerait.   

« Lundi matin, on m’a dit que tout allait bien. Le lendemain matin, mes collègues m’ont téléphoné à 6 h 30 pour me dire que tout le monde était dehors », résume-t-il.   

Mardi, les chauffeurs qui n’avaient pas consulté leurs messages au réveil ont été accueillis par une haie de gardiens de sécurité privés à la centrale de la rue Saint-Patrick, à Montréal.   

« Pourquoi des agents de sécurité ? Est-ce qu’on est des voleurs ? C’est nous qui avons travaillé pour garder cette compagnie-là vivante », regrette M. Afshar en colère.  

 

 

 

Douloureux 

Joint par Le Journal, le porte-parole du syndicat des Teamsters, affilié à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), représentant les chauffeurs de Téo Taxi, Stéphane Lacroix, était lui aussi sous le choc.

« Il n’y a jamais de bons moments pour annoncer à un travailleur qu’il perd son emploi, mais ce matin [mardi], c’était particulièrement douloureux », a-t-il lancé, essoufflé par sa journée.   

De leur côté, les employés de Taxi Hochelaga et Taxi Diamond, propriétés de la maison mère de Téo Taxi, Taxelco, n’ont pas voulu se prononcer publiquement sur la fin de l’entreprise pour ne pas froisser leurs patrons.

« Alexandre Taillefer a été beaucoup aidé financièrement, mais nous, on a eu seulement une petite somme pour dédommager les pertes financières liées au coût de notre permis », a lancé l’un d’eux toujours à l’emploi de Taxi Diamond.   

Plus philosophe, un autre a déploré la mauvaise nouvelle pour les chauffeurs de Téo Taxi... tout en soulignant que cela aurait l’avantage de lui amener plus de clients.   

« Ça ne m’énerve pas parce que peut-être qu’on va garder les clients de Téo Taxi. On va avoir plus de courses », a-t-il laissé tomber.   

Mince consolation, mardi, quelques heures après l’annonce, la directrice des ressources humaines de BIXI, Anne-Marie Battista, a dit sur les réseaux sociaux qu’elle prévoyait embaucher des chauffeurs et des répartiteurs pour son équipe.   

« J’ai déjà envoyé un courriel vendredi passé à la direction des ressources humaines de Téo avec ma proposition, mais pas de réponse. Avez-vous une idée ? », s’est-elle demandé.  

Aucun avis de licenciement au gouvernement   

Téo Taxi pourrait être forcé de payer « une indemnité » aux employés congédiés parce que le gouvernement n’a pas encore reçu d’« avis de licenciement collectif » de sa part, a appris Le Journal.   

« Jusqu’à maintenant, on n’a toujours pas reçu d’avis de l’entreprise au ministère », a confirmé au Journal le porte-parole du ministère du Travail, Vincent Breton, mardi midi.   

Jointe par Le Journal, la direction de Taxelco, maison-mère de Téo Taxi, a pourtant dit qu’elle avait bel et bien envoyé la lettre de licenciement collectif à Québec lundi, soit la veille des mises à pied.   

Quatre mois de salaire 

La Loi sur les normes du travail prévoit qu’une compagnie qui n’envoie pas d’avis de licenciement collectif au gouvernement peut être forcée de verser « une indemnité » aux employés licenciés.   

Mardi, Téo Taxi a remercié 455 chauffeurs et plus de 90 autres employés.   

Sans vouloir se prononcer sur le cas de Téo Taxi, M. Breton, précise que les sociétés de 300 travailleurs et plus, qui n’ont pas fourni l’avis, doivent leur payer une indemnité de quatre mois de salaire.   

« Quand il n’y a pas d’avis, ou que cet avis-là est d’une durée insuffisante, l’employeur doit verser à chaque salarié licencié une indemnité équivalant au salaire habituel, sans les heures supplémentaires, correspondant à la période de délai prévu », explique M. Breton.   

 545 personnes au chômage 

De son côté, Stéphane Lacroix, porte-parole des Teamsters, affiliés au syndicat de la FTQ, représentant les chauffeurs de Téo Taxi, a indiqué qu’il allait suivre la situation de près.   

« Nos avocats vont regarder ça en détail. Est-ce qu’on a 455 cas de figure ou bien les gens vont tous être traités de la même manière ? », s’est-il demandé à voix haute.   

Ces chauffeurs de Téo Taxi sont loin d’être les seuls à s’être fait montrer la porte. Au total, 545 personnes ont appris qu’ils perdraient leur boulot.    

« Il y a des employés en ressources humaines, des journaliers, des techniciens, des préparateurs de flotte. Ils ne méritaient pas ça », a déploré l’un deux, toujours à l’emploi de Taxelco, préférant garder l’anonymat.    

Selon lui, un mauvais climat règne au bureau de Taxelco. Tous savent maintenant que leur poste peut passer dans le tordeur.   

« On a tous peur d’apprendre autre chose demain. Est-ce que l’on va apprendre que l’on coupe encore ? », se demande-t-il.