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L’incohérence crasse de nos gouvernements

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Pendant que nos gouvernements, en particulier celui d’Ottawa, ont peur de leur ombre face aux géants de l’internet, nos quotidiens, nos magazines et la télévision traditionnelle sont à bout de ressources.

Il y a quelques semaines, j’ai écrit que Bill Morneau, notre ministre des Finances, attendait pour agir que les pays occidentaux, en particulier ceux d’Europe, se fassent une tête quant à la taxation des géants de l’internet. Interrogé au Forum économique de Davos par l’envoyé du Journal, Philippe Orfali, le ministre confirme bien que c’est le cas.

Dans un bel élan de sincérité (ou d’inconscience), Bill Morneau ajoute – ce qu’il n’avait jamais avoué – qu’il vaudrait mieux coordonner notre politique avec celle des États-Unis. Ce n’est donc pas demain la veille que Google, Netflix et les autres devront payer leur juste part d’impôt.

Pendant qu’Ottawa tergiverse et continuera de le faire durant des mois et peut-être des années, la France et l’Allemagne devraient d’ici à l’an prochain imposer chaque géant du net selon le chiffre d’affaires qu’il réalise sur le territoire national. Ironie du sort, c’est l’ancien vice-président de notre Caisse de dépôt, Roland Lescure, qui mène la négociation pour la France.

UN TIGRE DE PAPIER

On sait tous que le premier ministre Justin Trudeau a une provision inépuisable de bons sentiments, mais il ne ménage pas ses mots à l’endroit de ceux qui bafouent la démocratie. Comme le président de la Chine ou du Venezuela. Vendredi après-midi, imaginez-vous qu’il s’en est pris à Facebook et aux autres géants du net.

Dans un bel élan oratoire, il les a accusés de saper la démocratie en tirant des profits exorbitants du contenu des médias nationaux sans pour autant contribuer financièrement à leur survie. En termes simples, il les a accusés d’être de vilains parasites.

N’allez pas croire que ces propos cinglants ont amené notre tigre de papier à déclarer qu’il faut à tout le moins taxer ces méchants parasites. Il n’a même pas insinué qu’on les obligerait à facturer la TPS comme il le fait pour toutes les entreprises canadiennes.

QUELLE HYPOCRISIE !

Dieu ! que les géants du net doivent rire sous cape. Paroles ! Paroles ! Quelle hypocrisie du premier ministre quand on sait qu’une partie des revenus de Facebook et cie provient de la publicité de son gouvernement ! En plus de divertir une grande partie de leur publicité vers internet, nos gouvernements, à l’instar de nos politiciens, communiquent désormais avec les contribuables presque uniquement par le biais de Facebook et de Twitter, qu’ils rendent ainsi de plus en plus crédibles et indispensables.

Même s’ils sont en partie responsables du déclin accéléré de nos médias et de la mort de plusieurs d’entre eux, nos gouvernements demandent aux contribuables de les sauver. Nous devrons par nos impôts compenser les 600 millions $ de crédits d’impôt qu’Ottawa a consenti à nos médias d’ici à cinq ans. Des crédits d’impôt qu’imiteront probablement les gouvernements provinciaux, ajoutant à notre fardeau fiscal.

Est-ce encore utile de rappeler à nos politiciens que notre télévision, nos journaux et nos périodiques rejoignent plus de Canadiens que tous les réseaux sociaux réunis ? Des réseaux qu’ils utilisent sans vergogne au détriment de nos médias qu’ils affament effrontément.