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Maman, c’était quoi le PQ?

Les élus du Parti québécois devront se battre pour la survie même de leur parti.
Photo d'archives, Agence QMI Les élus du Parti québécois devront se battre pour la survie même de leur parti.

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Maman, c’était quoi le PQ? Si la tendance déclinante du Parti québécois des vingt dernières années se maintient, cette question, les prochaines générations risquent fort de se la poser un jour.

On aura beau avoir souvent prédit à tort la mort du Parti québécois, son déclin, lui, est non moins réel.

Sa dernière défaite électorale fut cinglante.

17% à peine des voix et un caucus rétréci à 10 députés.

Pour un parti politique fondé en 1968 pour faire l’indépendance du Québec et dont le référendum de 1995 est passé à un cheveu de l’obtenir, la déchéance est indéniable.

Ce matin, un nouveau sondage ajoute une autre couche à l’inquiétude fondée des troupes péquistes.

Selon Mainstreet, le PQ aurait plongé à 9% seulement d’appuis. À 44,5%, la CAQ poursuit sa lune de miel. Le PLQ est à 26% pendant que Québec solidaire stagne à 16%.

Bien sûr, c’est à prendre avec une pincée de sel. Un sondage n’est qu’un sondage et le PQ n'a pas encore de chef permanent.

N’empêche que pour le moment, personne ne peut prétendre non plus à une remontée à court terme du PQ. Bien au contraire.

D’autant plus, encore une fois, que son déclin, hormis pour quelques pointes exceptionnelles, est un mouvement bel et bien en marche depuis le départ de Jacques Parizeau après le référendum de 1995.

Vendredi dernier, je me penchais ici sur les raisons expliquant cette chute. Je vous la rappelle :

«Dans un tel contexte, que faire in extremis ? Quand le dommage est aussi profond, la question est vaste. C’est néanmoins LA question à laquelle les péquistes et les bloquistes devront répondre. De leur réponse dépendra leur survie politique.

C’est pourquoi miser sur une meilleure performance du Bloc au scrutin fédéral du 21 octobre n’est qu’une illusion d’optique. Elle éclipse l’essentiel. Du moment où le PQ n’est plus que l’ombre du vaisseau amiral de la souveraineté qu’il fut déjà, la chaloupe bloquiste ne lui sera d’aucun secours.

Que le Bloc se réveille après les élections avec 5, 10 ou 20 députés sur les 338 que compte la Chambre des communes, n’y changerait pas grand-chose.

Si la chose est même possible, et peut-être l’est-elle, pour sauver le vaisseau péquiste ou le refonder, plancher sur le vrai cœur du problème, à savoir que faire du projet souverainiste, est un impératif absolu.

En des temps aussi périlleux, l’éparpillement de la famille souverainiste jusqu’à Ottawa n’est peut-être pas l’idée du siècle non plus.»

***

Sur un plan plus stratégique, cerné à sa gauche par Québec solidaire et sur le terrain plus «nationaliste» par une CAQ dorénavant au pouvoir, le terrain politique sous les pieds du PQ prend aussi de plus en plus des airs de sables mouvants.

Bref, réparer le vaisseau péquiste ou le refonder est-il même encore possible? Cette réponse viendra d’ici le scrutin de 2022.

Pour le moment, les scénarios possibles ne sont pas roses.

Même Jean-Martin Aussant, l’ex-fondateur d’Option nationale retourné au bercail péquiste pour les élections du 1er octobre, est reparti vers d’autres cieux professionnels.

Plusieurs voyaient pourtant en lui un des possibles refondateurs du mouvement souverainiste restant.

Au Parti québécois, une éventuelle chefferie aura lieu.

En toute probabilité, l’heure serait enfin venue pour la populaire ex-ministre et députée Véronique Hivon.

Or, nonobstant ses grandes qualités, la question du leadership n’est même plus tout à fait la bonne question à poser. De toute manière, au PQ, les «sauveurs» sont en rupture de stock.

La vraie question est plutôt celle de sa «mission» politique, la souveraineté.

Le problème est donc celui-ci : à  force d’oublier sa raison d’être, le PQ a cessé d’être utile. En taisant son option, il a aussi perdu son carburant le plus précieux : les jeunes.

Elle est là, la grande cassure. Les générations précédentes ont été politisées par le grand débat souverainiste-fédéraliste.

Les plus jeunes, eux, ont grandi dans le vide. Un vide créé par le double silence du PQ sur la souveraineté et des libéraux sur un fédéralisme renouvelé devenu impossible.

***

Sans la jeunesse, sans la capacité de se projeter collectivement vers l’avenir d’un Québec indépendant, comment le PQ peut-il reconquérir ce qu’il a lui-même laissé aller?

Se présenter aujourd’hui comme la voix des «régions en colère» n’y changera pas grand-chose.

Le PQ part de loin. Très loin. Il reste toutefois encore à savoir s’il part aussi dorénavant de trop loin.

Comme il se doit en démocratie, à terme, seuls les électeurs en décideront.  

Une seule chose est sûre : que l’on soit pour ou contre l’idée de souveraineté, force est de saluer l’immense courage de celles et de ceux qui, au PQ, restent pour mener le combat de la survie même de leur parti.