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Le dragon invisible

Taxi
Photo Pierre-Paul Poulin Téo Taxi était une véritable bouffée d’air frais.

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Téo Taxi, fondé par l’ex-dragon Alexandre Taillefer, était un très beau projet. Des voitures électriques et toujours propres. Des chauffeurs courtois et rémunérés en tant qu’employés. Les impôts et taxes étaient donc payés en bonne et due forme. Dans une industrie du taxi dysfonctionnelle et face à l’arrivée d’Uber, Téo Taxi était une véritable bouffée d’air frais.

La suite, jusqu’à sa fin annoncée, hier, fut nettement moins heureuse.

Les premières victimes sont les chauffeurs eux-mêmes, les clients et, enfin, les contribuables. Au fil des ans, plus de 60 millions $ en fonds publics y ont été engouffrés. À terme, on prévoyait même pour Téo Taxi un investissement total frôlant les 250 millions $.

Et maintenant, tout ça pour ça ? Les « experts » n’ont pas fini d’en décortiquer l’échec. Le modèle d’affaires était-il déficient ? Les voitures étaient-elles trop coûteuses ? Comment se fait-il qu’Alexandre Taillefer s’en soit délesté lui-même ? Pourquoi les bailleurs de fonds publics, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec, ont-ils tout à coup décidé de couper les vivres à Téo Taxi ?

Mamelles de l’État

En termes politiques, le problème se pose toutefois autrement. Les mamelles de l’État québécois ont beau être généreuses depuis longtemps envers le Québec inc. – les pertes en fonds publics étant aussi parfois à l’avenant –, le « cas » Téo Taxi soulève néanmoins des questions majeures.

La plus importante porte sur les liens étroits entre Alexandre Taillefer et le Parti libéral du Québec. Homme d’affaires audacieux et imaginatif sur le plan politique, M. Taillefer était aussi très ambitieux. À la Gertrude Bourdon, M. Taillefer se magasinait un parti politique.

Après s’être décrit lui-même comme un « queer » politique, sa quête de pouvoir s’est néanmoins terminée au PLQ – « terminée » dans tous les sens du mot. L’an dernier, celui qui se voyait aussi comme le Emmanuel Macron du Québec s’est retrouvé président de la campagne électorale du PLQ.

La conclusion de la mésaventure est connue. Alexandre Taillefer multipliait les gaffes et les déclarations intempestives. Prédisant l’apocalypse si la CAQ était élue, il avait même poussé l’enveloppe jusqu’à qualifier Philippe Couillard, pourtant néolibéral jusqu’à l’os, de « progressiste ».

Réforme nécessaire

D’où le questionnement obligé sur cette grande proximité politique entre M. Taillefer et les libéraux. Y aurait-il eu favoritisme envers Téo Taxi ? L’arrivée officielle de M. Taillefer au PLQ en 2018 tenait-elle ou non du retour d’ascenseur ?

Hier, Alexandre Taillefer était malheureusement absent du point de presse crève-cœur de Taxelco, détentrice de Téo Taxi. L’ex-dragon était invisible. À ces questions, les contribuables n’auront probablement jamais les réponses. Comment dissiper alors ce parfum troublant de favoritisme ?

Pour l’industrie traditionnelle du taxi montréalais, c’est aussi le feu vert pour retourner, du moins en partie, à son laisser-aller pré-Téo et pré-Uber. Une vraie réforme de l’industrie du taxi est pourtant possible. Pour les clients et les chauffeurs, elle est surtout hautement souhaitable. Avec la chute de Téo Taxi, qui osera encore lever la main ?