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Téo n’était pas viable

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C’est incroyable de voir à quel point un homme d’affaires comme Alexandre Taillefer a pu réussir à gagner la confiance des dirigeants d’un tas d’institutions publiques en les faisant investir des dizaines de millions de dollars dans ses entreprises, dont Téo Taxi.

Avec l’échec de Téo Taxi, qui a fermé ses portes hier en raison d’un modèle d’affaires finalement... non viable financièrement, il y a de quoi se questionner sur l’emballement que vouent nos institutions à ce genre de personnage.

Pensez-y sérieusement. M. Taillefer a réussi à « embarquer » dans ses entreprises la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Fonds de solidarité de la FTQ, Fondaction de la CSN, Investissement Québec, le gouvernement fédéral, les ministères du Transport, de l’Environnement, de l’Économie...

Comment explique-t-on qu’il ait été si convaincant pour soutirer à tout ce beau monde plus de 60 millions de dollars ?

1. Est-ce en raison de ses contacts politiques ? Ben non ! Même si M. Taillefer est devenu en mai 2018 le président de la dernière campagne électorale de l’ex-premier ministre Philippe Couillard.

Chose certaine, par contre, en tant que lobbyistes inscrits au Registre des lobbyistes pour défendre les intérêts de son groupe d’entreprises, M. Taillefer et son associé Dominic Becotte ont été fort efficaces en décrochant pas mal d’aide financière de la part du gouvernement du Québec.

2. Est-ce en raison du fait que l’associé Dominic Becotte soit le gendre de Christian Dubé, l’ex-premier vice-président Québec de la Caisse, que celle-ci a investi des dizaines de millions dans les projets de M. Taillefer ? Non ! Selon la Caisse, M. Dubé (aujourd’hui président du Conseil du trésor) était exclu des discussions et décisions portant sur les investissements dans les projets de Taillefer. Si M. Dubé a commenté positivement les investissements de la Caisse dans Téo Taxi lors d’un communiqué de la Caisse, c’est tout simplement en raison d’une erreur, affirme la Caisse !

3. Est-ce parce que les actionnaires des Fonds de solidarité de la FTQ et Fondaction de la CSN bénéficient des généreux crédits d’impôt gouvernementaux, que les dirigeants des deux fonds de travailleurs ont accepté d’investir dans les projets de M. Taillefer qui étaient soutenus par la Caisse et le gouvernement Couillard ? Non ! Chacun des fonds se dit indépendant dans ses décisions !

Quoi qu’il en soit, une chose apparaît évidente aujourd’hui. Le projet de Téo Taxi n’était pas viable. Il ne l’a jamais été.

Le 7 février 2018, lors de l’annonce de la seconde phase de financement de 17 millions $ dans Téo Taxi, on s’est fait carrément berner.

Alexandre Taillefer affirmait que Téo Taxi offrirait « enfin une offre à la hauteur des attentes des Montréalais ».

Le Fonds FTQ disait que « Taxelco s’inscrit parfaitement dans la stratégie du fonds d’appuyer les entreprises innovantes du Québec ». Fondaction de la CSN ajoutait : « Depuis ses débuts, Téo Taxi a démontré qu’il est possible d’offrir une flotte de taxis 100 % électriques. »

Et la Caisse concluait : « Téo Taxi a maintenant réuni les conditions nécessaires lui permettant d’accélérer sa croissance. »

Un an plus tard, Téo Taxi fermait ses portes.