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Le plus bas taux de suicide en 20 ans

Une importante diminution de plus de 100 suicides a été enregistrée entre 2015 et 2016

Dave Morissette sur le chemin de Compostelle
Photo courtoisie L’animateur Dave Morissette, que l’on voit ici lors de son plus récent pèlerinage sur le chemin de Compostelle, veut inciter la population à parler du suicide, afin d’éliminer les tabous.

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Le Québec a enregistré une baisse de 10 % des suicides, ce qui représente son plus bas taux de suicide en 20 ans. Malgré ces nouvelles données encourageantes, l’Association québécoise de prévention du suicide affirme que la bataille est encore loin d’être gagnée.

Selon les plus récentes données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le nombre de décès par suicide au Québec est passé de 1150 à 1046 de 2015 à 2016, une baisse importante de plus de 100 suicides.

Longtemps en tête de liste pour son taux de suicide le plus élevé au pays, le Québec se positionne maintenant au 5e rang.

Pour expliquer cette diminution, le directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide note l’augmentation importante des ressources d’aide au cours des dernières années.

« On forme de plus en plus de citoyens et d’intervenants à reconnaître les signes de détresse suicidaires, à agir de la bonne façon, à tendre la main vers les personnes vulnérables et à les orienter vers les ressources d’aide », mentionne Jérôme Gaudreault, soulignant que plus de 25 000 personnes ont été formées en ce sens depuis 2011 au Québec.

S’outiller davantage

Encouragé par ces récentes statistiques, l’animateur David Morissette, dont le frère s’est enlevé la vie il y a plus de 20 ans, souhaite d’ailleurs motiver la population à s’informer et à s’outiller davantage pour contrer le suicide. « Un décès, ça restera toujours un décès de trop », dit-il.

Ces nouvelles approches ont eu pour effet de rendre le suicide « moins tabou », estime M. Gaudreault. « Les gens hésitent moins à demander de l’aide », soutient-il.

Sans pouvoir présenter des données précises, M. Gaudreault souligne également que depuis les dernières années, le nombre d’appels effectués à la ligne d’aide 1 866 APPELLE est en constante augmentation. « C’est un facteur qui peut expliquer une diminution des taux de suicide », dit-il.

Les hommes plus vulnérables

Une seule tranche de la population ne suit pas la tendance générale, celle des hommes, âgés de 50 à 64 ans, qui demeurent les plus « vulnérables », maintient M. Gaudreault. Selon les statistiques, on compte ainsi trois décès d’hommes par suicide pour un décès de femme.

« Les hommes ont une grande réticence à consulter des ressources, à avouer leur vulnérabilité. Les problèmes d’alcool et de drogues sont aussi plus prévalents chez les hommes. Ils sont aussi souvent plus vulnérables à une perte d’emploi, une rupture amoureuse, des difficultés financières ou judiciaires », explique-t-il.

De façon générale, de 2014 à 2016, le taux de suicide a augmenté avec l’âge au Québec, atteignant un sommet chez les 50 à 64 ans.

« Nous pensons qu’il peut y avoir l’effet de cohorte, soit le taux de suicide qui serait par exemple plus élevé dans des générations ciblées, comme les baby-boomers », indique-t-il.

Les régions où le taux de suicide est le plus élevé sont le Nunavik (84,6 suicides par 100 000 personnes), l’Abitibi-Témiscamingue (23,4), la Côte-Nord (19,4) et la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (18,3).

Le manque de ressources dans ces régions plus éloignées expliquerait notamment ces chiffres accablants. Ailleurs dans le monde, le Québec se situe « légèrement » au-dessus de la majorité des autres pays étudiés par l’INSPQ.


Nombre de suicides au Québec

  • 2015 : 1150 (849 hommes et 301 femmes)
  • 2016 : 1046 (803 hommes et 243 femmes)
  • En moyenne, près de 3 personnes (2,9) s’enlèvent la vie chaque jour au Québec

Taux de suicide de 2014 à 2016 (hommes et femmes réunis)

  • Capitale-Nationale: 14,1 suicides par 100 000 personnes
  • Chaudière-Appalaches: 17,6 suicides par 100 000 personnes
  • Laval: 8,8 suicides par 100 000 personnes
  • Montréal: 10,1 suicides par 100 000 personnes

 Source : Institut national de santé publique du Québec

« Il faut en parler et surtout écouter »

Dave Morissette et son frère Jason, qui s’est enlevé la vie le 23 août 1996, alors qu’il n’avait que 20 ans. On les voit ici réunis lors du mariage de l’animateur, le 12 août 1995.
Photo courtoisie
Dave Morissette et son frère Jason, qui s’est enlevé la vie le 23 août 1996, alors qu’il n’avait que 20 ans. On les voit ici réunis lors du mariage de l’animateur, le 12 août 1995.

Impliqué auprès de la cause du suicide depuis que son propre frère s’est enlevé la vie il y a plus de 20 ans, l’animateur Dave Morissette incite les gens à aborder le sujet sans tabou avec leurs proches qui seraient dans le besoin.

« Il y a des façons de parler, il y a des questions à poser comme “penses-tu au suicide ?”, je pense que c’est assez clair. Pour une personne qui y pense, ça peut même être soulageant de l’entendre », affirme l’animateur, qui donne régulièrement des conférences sur le sujet aux quatre coins de la province. « Juste d’en parler, c’est un pas dans la bonne direction », ajoute-t-il.

Marqués à jamais

Le 23 août 1996, son frère cadet, dont il était « très proche », s’est enlevé la vie. Il avait 20 ans. Cette date a marqué Dave Morissette et sa famille à jamais.

« Il y a eu un avant et un après. Ç’a vraiment secoué la famille. Ça nous a vraiment divisés. Tout le monde se sentait coupable et cherchait une réponse. C’est souvent ce qui arrive », affirme celui qui parle ouvertement de cette tragédie depuis à peine cinq ans.

« J’ai longtemps refusé d’en parler. Mais dès que je l’ai fait, j’ai réalisé que ça m’a fait du bien. Ç’a guéri des vieilles blessures », dit-il.

« J’étais dur avec lui »

À l’époque, Dave Morissette s’investissait à 100 % dans sa carrière au hockey et admet qu’il n’a pas su « écouter » son frère en détresse.

« J’étais tellement concentré sur mon sport que je ne l’écoutais pas. J’étais dur avec lui et je n’ai pas eu la bonne façon de l’écouter », indique-t-il avec émotion. « Au fond, tout ce que je voulais, c’était l’aider », poursuit-il.

Aujourd’hui, il assure être en paix avec la perte de son frère. « Je sais qu’il est toujours autour de moi », affirme-t-il.

 

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