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Netflix est-il un allié ou un ennemi?

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Tout le monde s’entend pour que Netflix perçoive la TPS et la TVQ comme Crave ou le Club illico. Sauf le gouvernement fédéral pour des raisons obscures. Netflix a accepté de le faire lorsque le Québec et la Saskatchewan lui en ont fait la demande.

Par contre, lorsqu’il s’agit de forcer Netflix à contribuer à la production de contenu canadien, comme le font par obligation du CRTC Vidéotron et les autres distributeurs du pays, les opinions divergent. Elles sont même diamétralement opposées.

Netflix ne veut pas entendre parler de pareille obligation. Justifiant son refus par le fait qu’il n’est pas un diffuseur traditionnel, il invoque qu’il n’a pas à se soumettre aux contraintes du CRTC. Sans compter qu’il dépensera au Canada plus que les 500 millions $ sur cinq ans promis à Mélanie Joly en 2017.

Cette prétention de Netflix se défend. Notre Cour suprême a décrété en 2004, puis de nouveau en 2012, que les distributeurs par internet ne sont pas des diffuseurs. Des jugements qui manquaient singulièrement de vision.

DÉFENSEURS DE NETFLIX

Netflix a d’ardents défenseurs. Michael Geist, entre autres. Le directeur de la Chaire de recherche sur internet et le commerce en ligne de l’Université d’Ottawa croit qu’il n’y a plus aucune raison de subventionner notre télévision.

Plusieurs producteurs voient Netflix comme un allié, un investisseur accueillant aux poches profondes. Sans trop d’états d’âme, la CBC a même fait entrer le loup dans sa bergerie, produisant avec Netflix ses grandes séries Anne et Alias Grace.

Les diffuseurs anglophones se demandent si Netflix ne serait pas un bon outil de promotion. Non sans raison. Depuis que les saisons antérieures de Schitt’s Creek et Kim’s Convenience sont diffusées par Netflix, les cotes d’écoute des nouvelles émissions diffusées par la CBC ont augmenté de 7 à 20 %. Les anglophones auraient donc besoin du « sceau de qualité » de Netflix pour se faire une tête.

BELL Y VA FORT !

Dans son mémoire au groupe d’experts chargés de revoir nos lois de radiodiffusion, BCE n’y va pas de main morte. Bell propose que les distributeurs étrangers par contournement faisant au pays plus de 300 millions $ de revenus par an reversent 20 % au Fonds des médias du Canada. Semblable obligation représenterait tout un pactole pour le contenu canadien. Cette année, leurs revenus dépasseront un milliard de dollars. Tout distributeur canadien serait soumis aux mêmes obligations, mais ce n’est pas demain la veille qu’illico ou Crave feront 300 millions $ de revenus par an.

Mardi, plus de 120 pays, dont les États-Unis, la Chine et les pays de l’Union européenne, ont signé un accord pour remettre à plat toutes leurs règles fiscales et enfin imposer correctement les géants du web. C’est ce qu’espérait notre ministre des Finances, Bill Morneau. Si leur objectif est d’arriver à un consensus d’ici à la fin de 2020, rien ne dit que ces pays pourront y parvenir avant quelques années.

Ma prédiction ? Oublions que Netflix et les autres distributeurs du même genre soient obligés de contribuer directement à la production de contenu canadien. Tout au plus arriverons-nous à les imposer. Il appartiendra alors à chaque gouvernement de décider à quelles fins l’argent de cet impôt sera utilisé.