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Une politique étrangère pour une autre planète

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Le président des États-Unis dispose de la plus formidable machine de collecte de renseignements pour guider sa politique étrangère, mais Donald Trump préfère se fier à son instinct. C’est un gros problème.

Mardi, comme chaque année, les chefs des grandes agences de renseignement américaines exposaient au Congrès les principaux défis et menaces externes des États-Unis.

Ce rapport est une répudiation pure et simple de la politique étrangère du président Trump, qui a réagi aux propos des responsables qu’il a lui-même nommés en recourant à ses modes d’argumentation habituels : l’insulte et l’invective.

Sur presque tous les grands problèmes de sécurité, les observations des services de renseignement contrastent vivement avec celles du président.

Réalité et fiction

Trump affirme que l’État islamique est vaincu, mais ses agences de renseignement insistent sur le fait que Daech représente encore une menace réelle. Dans le cas de l’Iran, que Trump accuse de violer systématiquement l’accord nucléaire multipartite, ces mêmes agences maintiennent que le régime iranien respecte les termes de l’accord.

Il en va tout autrement de la Corée du Nord. Alors que Trump continue de se féliciter des effets du rapprochement avec son nouvel ami Kim Jong-un, les services de renseignement soutiennent que le régime nord-coréen n’a aucunement renoncé à ses ambitions nucléaires.

À plus long terme, le rapport prédit que les intérêts de sécurité des États-Unis seront gravement affectés dans un avenir pas si lointain par les conséquences environnementales dévastatrices des changements climatiques. Peu après, le président ironisait sur Twitter en insinuant que le temps froid des derniers jours fait mentir le consensus scientifique sur le réchauffement global.

Enfin, alors que le président a longtemps nié le risque de cyberattaques russes contre le processus électoral américain, ses services de renseignement en font une préoccupation majeure.

Un président déconnecté

Parmi les menaces identifiées par les chefs du renseignement, il y a une grande absente : la crise que perçoit Donald Trump à la frontière sud. Il est quand même remarquable que cette situation, qui alarme le président au point de l’avoir incité à fermer le gouvernement fédéral pour plus d’un mois, ne soit même pas identifiée comme un enjeu de sécurité digne de mention dans le rapport présenté au Congrès.

Donald Trump semble n’avoir que faire du travail de milliers de professionnels qui ont pour tâche de lui donner l’information la plus juste possible pour guider ses politiques. Il préfère se fier à son « génie très stable » pour analyser l’information générée par son « système interne » de collecte de renseignements – ses tripes.

C’est probablement la raison pour laquelle sa politique étrangère semble parfois être destinée à une autre planète.

On a reproché à juste titre à certains présidents américains d’être manipulés par « l’État profond » que représentent les chefs du renseignement. Il n’est guère mieux pour un président d’ignorer sciemment l’information objective que ceux-ci lui fournissent et d’agir selon une vision du monde complètement déconnectée de la réalité.