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Détricoter l’ère libérale

François Legault
Photo Agence QMI, Marc Desrosiers François Legault

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L’an 1 du gouvernement de François Legault s’annonce rempli. Réunies en caucus spécial à Gatineau, les troupes caquistes ont reçu une vaste commande. Leur mission : détricoter l’ère libérale maille par maille. Les chantiers lancés sont en effet aux antipodes de l’héritage politique des Charest et Couillard.

Réforme du mode de scrutin. Révision de la rémunération des médecins. Politique des proches aidants. Maisons des aînés. Interdiction des signes religieux chez les enseignants. Un nationalisme plus affirmé. Détection précoce des problèmes d’apprentissage chez les enfants. Etc.

Quand il demande à ses ministres d’éviter l’arrogance, là aussi, le premier ministre se démarque des libéraux. Résultat : les attentes sont au plafond. M. Legault profite néanmoins de trois avantages cruciaux. Une lune de miel solide. Un Parti québécois gravement affaibli. Un Parti libéral divisé sur plusieurs enjeux, dont celui des signes religieux.

Pressé

Pressé de « tourner la page » sur ce dossier épineux, le premier ministre promet que sa politique de laïcité sera bouclée d’ici juin. Les obstacles risquent cependant de se multiplier. Cela dit, la position de la CAQ est connue depuis longtemps.

Elle veut interdire le port de signes religieux aux juges, policiers et procureurs, de même qu’aux employés dits en position d’« autorité », soit les enseignants. Par conséquent, que l’on soit pour ou contre cette même interdiction, nul ne peut nier au gouvernement sa légitimité d’agir.

Ce qui pose problème est le manque étonnant de clarté quant à la manière de le faire concrètement sur le plan de la législation, du vivre ensemble et des relations de travail. Sur l’idée d’une clause grand-père, qui limiterait l’interdiction de signes religieux aux nouveaux enseignants, le caucus caquiste est divisé.

Personne ne sait non plus ce qui arriverait aux enseignants dissidents. Cette semaine, le premier ministre ajoute même une nouvelle pièce au casse-tête : les écoles privées subventionnées seront exemptées de la loi à venir.

Casse-tête

Pourquoi ? M. Legault dit vouloir prendre la laïcité « une bouchée à la fois ». L’intention se comprend. Il n’en reste pas moins que si l’exemption du privé s’avérait, l’iniquité entre les deux réseaux sur une question dite de principe serait flagrante.

Les élèves du privé dont les parents sont mieux nantis étudieraient sous l’« autorité » d’enseignants libres de porter des signes religieux. Tandis que les élèves du public seraient sous l’« autorité » d’enseignants auxquels ce serait interdit.

Que dire aussi du risque de voir des enseignantes du public qui, refusant par exemple de retirer leur hijab, partiraient travailler au privé ? Quant à la clause « grand-père », elle scinderait les enseignants du public en deux catégories : ceux à qui on permettrait de porter un signe religieux et ceux à qui ce serait interdit.

Le premier ministre l’a reconnu lui-même : le projet de loi à venir ne passera pas « comme une lettre à la poste ». Or, s’il fallait que la loi finale ne soit pas équitable et cohérente, la résistance dans le milieu scolaire n’en serait que plus forte encore.

Puisque le gouvernement veut procéder, l’équité et la cohérence seraient ses meilleures alliées.