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PLQ: Comment virer un paquebot sur un dix cennes?

Pierre Arcand, chef intérimaire du PLQ et Hélène David, porte-parole de l’opposition en matière de laïcité.
Photo Stevens LeBlanc Pierre Arcand, chef intérimaire du PLQ et Hélène David, porte-parole de l’opposition en matière de laïcité.

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Il a fallu une défaite crève-cœur, en octobre dernier, pour que le PLQ découvre les vertus de la réflexion. Ainsi, des députés libéraux cherchent à exorciser cette débâcle en introduisant une dose de dialogue dans leur caucus. Une décision salutaire.

Au nombre des enjeux auxquels ils doivent s’attaquer, il y a cette remise en question de leur position sur « les signes religieux », que leur a légué leur ex-chef, Philippe Couillard, lui-même emporté par la vague caquiste.

Changement d’attitude

On se rappellera que M. Couillard avait annoncé, le 29 août 2013, sa position catégorique contre toute interdiction de signe religieux. Il l’a fait avant même d’en discuter avec le caucus de ses députés, alors qu’ils étaient réunis, le même jour, à Rivière du Loup.

Il s’était prononcé de façon lapidaire, avant même de prendre connaissance du projet de loi du gouvernement Marois, déposé à l’Assemblée nationale, le 7 novembre.

C’est donc un bon signe que des députés libéraux reprennent, aujourd’hui, leur liberté de parole, du moins au sein de leur caucus pour s’exprimer sur une question aussi sensible.

Avec Pierre Arcand, comme chef intérimaire, il y a un changement d’attitude. Il ouvre un espace de dialogue et laisse ses députés débattre.

À la décharge des députés libéraux de l’ère Couillard, même si les médias n’en ont pas fait état, plusieurs d’entre eux avaient manifesté leurs préoccupations à l’interne. À deux ou en petits groupes, il n’était pas rare de les entendre dire « Ça n’a pas de bon sens. »

Plusieurs avaient forcé la tenue d’un caucus spécial des députés des régions. Ils y avaient pris la parole pour dire à leur chef que sa position n’était « pas défendable » ni auprès des militants libéraux, ni auprès des citoyens de leurs circonscriptions. Ils n’ont pas été entendus.

Un débat salutaire

Par contre, les tenants de la ligne dure, les députés pour qui même le consensus minimum de Bouchard-Taylor était un sacrilège, sont encore là, dans un caucus presqu’exclusivement montréalais.

Il ne faut donc pas s’étonner que la porte du dialogue entrouverte par Pierre Arcand se referme aussi rapidement avec un retour à une orthodoxie qui rompt avec le consensus minimum.

Derrière le vernis des droits de la personne, ce qui les préoccupait vraiment c’était le vote des communautés culturelles. Aujourd’hui, ce qui les préoccupe, c’est le vote francophone. Autrement dit le retour au pouvoir.

On est donc loin des principes. Car s’il y a un parti qui a tant fait pour la sécularisation et la séparation de l’Église et de l’État, et qui a été précurseur de la laïcité, c’est bien le parti libéral du Québec. Au-delà des stratégies électoralistes, c’est cet héritage libéral qu’il faut se réapproprier.

Se retrouver dans l’opposition peut avoir certains avantages pour les partis politiques, notamment celui de se ressourcer, de se réformer et de reformuler leurs orientations.

Le débat sur la laïcité doit être ramené à l’essentiel et se faire dans la sérénité. Il ne saurait être réduit à de simples invectives sur les signes religieux.

C’est un enjeu de société et non un enjeu de parti. Il appelle un large consensus de l’Assemblée nationale dont tout le Québec en sortira grandi.