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Les tribulations d’Arthur Mineur: un sympathique Pulitzer

Andrew Sean Greer
Photo courtoisie, Kaliel Roberts Andrew Sean Greer

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Un roman qui a permis à l’écrivain américain Andrew Sean Greer d’entrer dans les ligues majeures, Les tribulations d’Arthur Mineur ayant remporté l’an dernier le Pulitzer.

Après Les confessions de Max Tivoli et Les vies parallèles de Greta Wells, l’écrivain américain Andrew Sean Greer nous offre cette fois Les tribulations d’Arthur Mineur. Et dans ce roman, l’un des personnages déclare très clairement que pour pouvoir continuer à écrire, il ne faut surtout jamais remporter de prix. Le paradoxe ? L’an dernier, c’est justement ce livre qui a décroché le prestigieux Pulitzer de la fiction !

« Quand j’ai eu l’idée de donner ce curieux conseil qui n’en est pas vraiment un, je ne me doutais évidemment pas du tout que j’allais recevoir un prix, et encore moins le Pulitzer, explique Andrew Sean Greer, qu’on a pu joindre vers la mi-janvier en Inde, plusieurs festivals littéraires s’y déroulant simultanément. Cela dit, je n’ai pas l’impression que ma vie d’écrivain est finie pour autant. La preuve, regardez où je me trouve en ce moment ! »

Pressé par le temps – l’entrevue a eu lieu très tard le soir et il avait un nouvel avion à prendre le lendemain matin –, Andrew Sean Greer a ensuite enchaîné sur le fait qu’il avait travaillé pendant un an sur Les tribulations d’Arthur Mineur sans vraiment savoir ce sur quoi l’histoire allait déboucher. « Mais à un moment, j’ai compris qu’il fallait absolument que ce soit une comédie, précise-t-il. J’ai donc jeté ce que j’avais et oui, j’ai tout repris depuis le début. »

Prise deux !

Ayant écoulé les plus belles années de sa jeunesse auprès d’un poète de renom beaucoup plus vieux que lui – étonnamment, ce poète a lui aussi reçu un Pulitzer ! –, Arthur Mineur s’est juré de ne plus jamais retomber follement amoureux de qui que ce soit. Une promesse qu’il a presque réussi à tenir, Freddy Pelu – le jeune homme qui a sporadiquement vécu chez lui pendant près de neuf ans – ne tenant apparemment pas plus que lui à s’engager ou à jouer la carte de la fidélité.

Mais quand Freddy se résignera à épouser un type de son âge, Arthur tombera de haut et malheureux comme les pierres, il refusera d’emblée d’assister au mariage. Et afin d’avoir une excuse valable pour ne pas y aller, il ne trouvera rien de mieux que de s’envoler au loin en acceptant toutes les invitations auxquelles il n’aurait normalement jamais donné suite.

« J’ai glissé dans ce livre des détails de ma vie, des choses qui sont arrivées à d’autres et plein de faits inventés, précise Andrew Sean Greer. Du coup, mes amis se sont beaucoup amusés à le lire parce que j’ai mélangé le tout de manière à rendre mon héros encore plus innocent et ridicule. C’est d’ailleurs pour ça qu’à titre de rappel, j’ai choisi de l’appeler Arthur Mineur [Arthur Less en anglais]. Car c’est seulement en me rappelant constamment de le diminuer que je pouvais ensuite le revaloriser, le principal objectif de ce roman étant d’écrire sur la joie. »

Quelques problèmes mineurs

Au fil de son périple forcé qui l’amènera aux quatre coins du globe, Arthur Mineur commencera ainsi par réaliser une interview non rémunérée avec un auteur new-yorkais qui, contrairement à lui, ne sait pas ce que c’est de se voir refuser des manuscrits. Le moral dans les talons, il partira ensuite à Mexico pour donner une conférence portant sur l’œuvre du poète qu’il a jadis aimé, puis à Turin pour assister à une remise de prix qu’il est d’avance certain de ne pas remporter. La suite ? Cinq semaines de cours en tant que professeur invité dans une obscure université berlinoise où Arthur aura à la fois la chance de se trouver un chouette amant et la malchance de rendre malades tous ses étudiants. Après quoi viendra une excursion au Maroc organisée par l’amie d’un ami durant laquelle il fêtera presque seul son cinquantième anniversaire, un très étrange séjour en Inde dans un centre de retraite chrétien et une escapade au Japon, un magazine de Kyoto lui ayant commandé un article sur la cuisine traditionnelle kaiseki.

En lisant ces sympathiques tribulations, on s’est donc presque autant amusé que les amis d’Andrew Sean Greer. « Il y a quelques années, l’un de mes étudiants préférés m’a dit que jamais je ne serais capable d’écrire un livre relativement joyeux, ajoute l’auteur. Ce sur quoi je lui ai répondu qu’un jour, j’allais lui prouver le contraire. »

C’est maintenant chose faite et à l’instar d’Arthur Mineur, Andrew Sean Greer est désormais invité partout sur la planète.

Les tribulations d’Arthur Mineur, Andrew Sean Greer, aux Éditions Jacqueline Chambon, 256 pages
Photo courtoisie
Les tribulations d’Arthur Mineur, Andrew Sean Greer, aux Éditions Jacqueline Chambon, 256 pages