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Une histoire de famille

Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB Tome 3, Rene Tardi, Éd. Casterman
Photo courtoisie Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB Tome 3, Rene Tardi, Éd. Casterman

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Depuis plus de 40 ans, l’auteur René Tardi développe un corpus d’envergure autour des deux grandes guerres du siècle dernier. Le plus récent chapitre de Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB clôt magistralement ce devoir de mémoire unique dans l’univers du 9e art.

C’était la guerre des tranchées, Varlot Soldat (avec Didier Daeninckx), Putain de guerre (avec Jean-Pierre Verney), Le Dernier Assaut (avec Dominique Grange), voilà autant de grands albums signés René Tardi consacrés à la Première Guerre mondiale. Celle que son grand-père a vécue, et que sa grand-mère lui a racontée. En 2012, l’artiste entame Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB, un imposant chantier sur la Seconde Guerre mondiale. Ce récit met en scène son père, militaire de profession, qui lui a raconté dans le désordre la guerre, le récit de sa captivité et l’après-guerre. « À un moment, je lui ai demandé de consigner le tout dans des carnets. Il en a noirci cinq. Pendant ce temps, j’avançais d’autres projets. Ce n’est qu’après sa mort que je me suis lancé ». Raconte l’artiste à l’autre bout du fil. « J’aurais eu tant de questions à lui poser. »

Le soldat connu

Chose inédite, Tardi – qui avoue ne pas particulièrement apprécier le genre autobiographique en bande dessinée – se met en scène pour les besoins du récit. Le jeune René spectral entretient ainsi un long dialogue avec son père en remontant le fil du temps, alors que l’auteur a, quant à lui, sillonné le même chemin que le patriarche des décennies plus tard, question de solidifier les assises du triptyque. Ce choix scénaristique lui permet ainsi de contextualiser la narration dans l’Histoire.

« Le site du camp où fut interné mon père est sinistre même encore aujourd’hui», affirme l’artiste, qui ne comptabilise plus les heures de lectures et de recherches en documentation. « J’éprouvais le besoin de raconter tout ça. C’est une forme d’indignation. Nous vivons aujourd’hui avec les conséquences de la division de la carte de l’Europe suite à la Première Guerre mondiale. Et puis, les histoires de mon aïeul et de mon père ont nourri mon enfance. »

Un des grands maîtres incontestés du 9e art, Tardi use du même découpage que dans ses précédents ouvrages sur la guerre : trois cases panoramiques par planche. Ce procédé nous place à hauteur d’homme, du point de vue du soldat, face à l’horreur. Cela permet également à l’artiste de croquer des paysages généreux et rigoureusement précis.

Prévu à l’origine en deux tomes, Moi René Tardi connaît un troisième volet à la demande de son éditeur.

« Je n’ai aucun regret, j’avais besoin de cette pagination. Il m’était nécessaire d’être bavard pour certains passages. J’aurais d’ailleurs pu continuer, en abordant la guerre d’Indochine et celle d’Algérie, à titre d’exemple. Est-ce que cela aurait valu le coup ? Chose certaine, je n’explorerai plus ce matériau, à moins que je ne tombe sur un ouvrage enthousiasmant à adapter. »

Au contact de pareille œuvre aussi dense, savante et fondamentale, le lecteur en ressort bouleversé et investi du désir que l’Histoire ne se répète pas.

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