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Des syndicats d’enseignants craignent une «chasse au hidjab»

La Fédération autonome de l’enseignement réitère son opposition à l’interdiction de signes religieux chez les enseignants

Des syndicats d’enseignants craignent une «chasse au hidjab»
Photo d'archives Agence QMI, JOEL LEMAY

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La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) craint que le gouvernement Legault ne se lance dans une «chasse au hidjab» avec son projet de loi sur l’interdiction du port de signes religieux, qui vise à régler un problème qui «n’existe pas» dans le réseau scolaire.

Son président, Sylvain Mallette, ne s’oppose pas à la tenue d’un débat sur la laïcité. Mais il digère mal les «incohérences» du gouvernement Legault, qui veut imposer l’interdiction du port de signes religieux aux enseignants du réseau public, mais non aux enseignants du réseau privé, composé majoritairement d’écoles de tradition catholique.

«Il y a là quelque chose de complètement absurde», lance-t-il.

«Ce qui risque d’arriver, c’est la chasse au hidjab, ajoute M. Mallette. Il faut se le dire, ce n’est pas tant le prof qui porte une croix ou le prof qui porte une kippa, le fond du malaise que semble vivre le gouvernement Legault, c’est le hidjab.»

Faux problème

Avec ce projet de loi qui devrait être déposé prochainement, le gouvernement Legault s’attaque à «un problème qui n’existe pas» plutôt que de répondre aux réels besoins des élèves, affirme le président de la FAE, qui représente 43 000 enseignants du réseau public.

La Fédération, qui a fait des démarches auprès du Greffe des tribunaux d’arbitrage du secteur de l’éducation, affirme qu’aucun litige n’a été recensé concernant des plaintes formulées à l’endroit d’enseignants qui auraient cherché à convertir ses élèves à leurs croyances religieuses.

M. Mallette accuse plutôt le ministre responsable de ce dossier, Simon Jolin-Barrette, d’avoir «jeté de l’huile sur le feu» en demandant récemment à certaines commissions scolaires combien d’enseignants portant des signes religieux étaient à leur emploi.

«Le gouvernement a le droit de faire ce débat, mais il a l’obligation de poser les gestes pour que le débat se fasse correctement afin que ça n’alimente pas les extrêmes», affirme M. Mallette.

Une stratégie de diversion?

Ce dernier se demande plutôt si le gouvernement Legault ne tente pas de faire «diversion» avec ce projet de loi. La FAE s’interroge sur sa volonté réelle de réinvestir massivement en éducation tel que promis en campagne électorale.

«S’il ne répond pas à cette attente, mais qu’il lance un projet de loi sur la laïcité qui a pour effet de diviser les gens, est-ce que ça pourrait être considéré comme une façon de faire diversion pour camoufler le fait que le gouvernement s’apprête à ne pas respecter son engagement électoral en matière de soutien à l’école publique?» s’interroge M. Mallette.

Le coût du redressement en éducation

Pour en arriver à un «redressement national en éducation», comme l’a évoqué le premier ministre François Legault à la fin novembre, la FAE estime qu’il lui faudra investir plus de 891 millions $ supplémentaires dans le réseau scolaire dès le prochain budget.

La fédération syndicale s’appuie sur un rapport de l’économiste Jean-Michel Cousineau pour avancer ces chiffres.

Un investissement supplémentaire de 891 millions $ est requis uniquement pour couvrir les coûts reliés à l’inflation et à la hausse du nombre d’élèves (416 millions $), pour compenser les pertes de revenus des commissions scolaires engendrées par l’uniformisation de la taxe scolaire (225 millions $) et pour annuler l’effet des compressions antérieures (250 millions), selon cet expert.

«En réinvestissant cette somme, ça nous permet juste de sortir la tête de l’eau. Ça ne prévoit pas l’ajout d’un seul service de plus pour les élèves», précise M. Mallette.