/entertainment/opinion/columnists
Navigation

La PDG de la SRC sort ses griffes

Coup d'oeil sur cet article

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Catherine Tait, la nouvelle PDG de Radio-Canada, a fait, jeudi dernier, une entrée fracassante dans notre monde des communications.

Pierre Karl Péladeau, qu’on craint autant qu’on le respecte dans notre univers télévisuel, n’aurait pas fait mieux. Imaginez-vous que Madame Tait a comparé les géants du web, visant en particulier Netflix, au « Raj britannique ». Le Raj, c’est le nom dont on a baptisé le régime colonial britannique sous la férule duquel s’est retrouvée une partie du continent indien durant presque 100 ans.

Pour la bonne mesure et pour mieux faire avaler la pilule aux participants anglophones de Prime Time in Ottawa, la réunion annuelle du monde des communications, la lionne rousse a aussi comparé la domination des géants américains à l’impérialisme de la France en Afrique.

Sa sortie était d’autant plus étonnante que Radio-Canada a plus que flirté avec les géants américains. La société d’État a littéralement « couché » avec Hulu et Netflix pour ses séries La servante écarlate, Anne et Alias Grace. À la décharge de Madame Tait, elle n’était pas alors PDG de Radio-Canada.

UNE DÉCLARATION CONTROVERSÉE

Est-ce à dire que le diffuseur public renonce désormais à toute coproduction avec l’un ou l’autre des géants du web ? Si Madame Tait est conséquente, c’est ce qu’il faut en déduire après sa déclaration fracassante. La plupart des producteurs anglophones l’ont entendue avec stupeur, tandis que les francophones s’en réjouissaient.

Loin d’être la menace « impérialiste » que dénonce Madame Tait, les géants du web sont une vraie bénédiction pour un grand nombre de producteurs anglophones. Le fait qu’une série ou un film soient tournés ici avec quelques Canadiens « de service » suffit à en faire des productions canadiennes.

Pour Michael Geist, le gourou autoproclamé des médias et professeur à l’Université d’Ottawa, et d’autres notables anglophones, ce qui compte, c’est l’argent que dépensent au pays les géants américains.

Quant aux risques que court notre culture, ils sont secondaires. Ils ne voient d’ailleurs pas de différence notable entre le contenu canadien et le contenu américain.

Il faut vraiment être colonisé, par exemple, pour se féliciter d’une série comme Designated Survivor en cours de production à Toronto pour une troisième saison. Kiefer Sutherland y incarne le président américain dans une intrigue qui n’a rien, mais absolument rien de canadien. À part les artisans et techniciens de production, et Sutherland, qui a double nationalité.

ON NE NOUS FAIT PAS DE CADEAU

Les géants américains ne font pas de cadeau. S’ils produisent ici, c’est parce que les équipes d’artisans et de techniciens, les lieux de tournage et les studios coûtent moins cher qu’aux États-Unis, sans compter notre dollar qui vaut à peine 75 cents américains. De plus, ils font oublier pour l’instant qu’ils contribuent très peu, sinon rien, à notre culture.

Produire à meilleur compte dans un pays étranger les œuvres que requiert son marché et dominer le monde en les exportant, est-on si loin de l’impérialisme que pratiquaient autrefois la Grande-Bretagne et la France en Asie et en Afrique ?

Catherine Tait a raison de sortir les griffes pour dénoncer l’impérialisme culturel des géants du web, mais pour la majorité des Canadiens anglais, elle vient de commettre un impardonnable faux pas.