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L'appel à l'unité de Donald Trump sera-t-il entendu?

L'appel à l'unité de Donald Trump sera-t-il entendu?
AFP

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Avec son discours sur l’état de l’Union, qu’il présentera ce soir avec une semaine de retard, le président Trump cherchera à faire l’unité autour de lui et à réparer un leadership en chute libre. Bonne chance.

Au mitan de son mandat, Donald Trump a vraiment besoin d’un remontant et il a bien l’intention de profiter de l’occasion qui lui est offerte par le discours annuel sur l’état de l’Union pour redorer son blason auprès de l’électorat. En effet, rien ne va plus pour le président. Malgré une économie qui continue de lui sourire, sa cote d’approbation dans l’opinion peine à dépasser la barre des 40%. Sondage après sondage, les indicateurs de son affaiblissement dans l’électorat se multiplient.

Non seulement la cote d’approbation du président a baissé de plusieurs points tout au long du bras de fer budgétaire, mais de récents sondages montrent qu’une majorité d’électeurs se dit déterminée à voter contre lui  en 2020, peu importe son adversaire. Pas étonnant qu’on se bouscule au portillon pour l’affronter. Dans ce contexte, le discours de ce soir est un cadeau du ciel. Donald Trump adore le faste qui entoure sa fonction et peu d’occasions mettent autant en évidence la place prépondérante du président dans la vie politique américaine que le discours sur l’état de l’Union.

Renverser la vapeur?

Est-ce que Donald Trump pourra tirer parti de ce discours pour renverser la vapeur? Ce serait étonnant. Le discours sur l’état de l’Union n’est en général suivi que par un public informé dont les choix partisans sont assez fermes et peu susceptibles d’être influencés durablement par un discours. Dans le passé, même des discours exceptionnellement bons ou terriblement mauvais n’ont eu que peu d’impact sur l’opinion, mais dans le cas de Donald Trump, c’est une des rares occasions qu’il a de projeter une image «présidentielle», ce qui pourrait lui donner une petite poussée temporaire si tout se passe bien.

Le président souhaite jouer la carte de l’unité, mais s’il insiste sur les thèmes qui ont contribué à approfondir les divisions, notamment son fameux mur à la frontière sud, il est fort possible que son discours fasse chou blanc. La liste des invités spéciaux du président suggère qu’il ne s’éloignera pas trop de ses thèmes de prédilection: la peur, l’insécurité, le repli sur soi et la xénophobie. Par exemple, pour revenir sur le thème de la diabolisation de l’immigration illégale, Trump a invité des membres de familles de victimes d’actes criminels de la part d’immigrants illégaux. Même si le taux de crimes violent est plus faible chez les immigrants illégaux que dans la population générale, Trump sait bien que ce genre d’anecdotes contribue à renforcer les convictions de sa base partisane.

Le président aura plus de chance pour susciter des réactions favorables de la part des deux partis en soulignant l’une des rares réussites législatives des derniers mois, soit le réforme pénale adoptée en décembre dernier avec un fort appui bipartisan. À cette fin, il a invité quelques bénéficiaires de cette réforme, mais il serait étonnant que ces moments fassent une grande différence.

Pour souligner les divisions partisanes qui deviennent de plus en plus nocives dans plusieurs sphères de la société américaine, le président a invité un jeune enfant de douze ans qui se dit victime d’intimidation dans son école à cause du simple fait qu’il partage le patronyme du président. Évidemment, le cas de ce jeune enfant est regrettable, mais il n’est pas clair que sa présence aura d’autre effet que de fournir un argument aux partisans de Trump pour blâmer ses opposants de tous les torts, sans vraiment fournir de raisons évidentes de se rallier à un président dont l’autorité morale s’effrite au même rythme que s’accumulent les accusations de malversations contre son entourage et dont la crédibilité continue à s’amenuiser sous le poids des faussetés et des mensonges qu’il profère. Il ne faudrait pas s’étonner que même son discours le plus contrôlé soit parsemé de mensonges, de faussetés et d’exagérations et les vérificateurs de faits seront fort occupés à les souligner en direct pendant son discours.

Les réactions des démocrates à surveiller

Le choix de la candidate défaite au poste de gouverneur en Géorgie, Stacey  Abrams, pour donner la réplique au président est symboliquement important car l’opposition à Trump vient surtout des femmes et des groupes minoritaires. Il faudra aussi toutefois prêter une attention particulière au contenu de sa réplique, qui devrait mettre l’accent sur des enjeux sur lesquels les démocrates croient pouvoir compter d’ici à novembre 2020, comme l’accès aux soins de santé, la distribution équitable des fruits de la croissance et la confiance envers les institutions démocratiques.

Comme il l’a fait dans le passé, le sénateur indépendant Bernie Sanders, qui convoite encore la nomination présidentielle sous la bannière démocrate, a aussi annoncé son intention de livrer sa propre réplique au discours de Trump. De sa part, c’est un assez mauvais calcul politique. En effet, sa décision de faire concurrence à Stacey Abrams ne l’aidera fort probablement pas à faire des gains parmi les femmes et les Afro-Américains, en plus de renforcer la méfiance que les partisans démocrates ont à son endroit.

Finalement, il faudra surveiller la réaction des démocrates, qui devront éviter de se laisser emporter par l’enthousiasme de leur opposition à Trump et respecter le décorum de circonstance. Il est évident que ceux-ci offriront un accueil glacial à Donald Trump, mais ils n’ont pas grand-chose à gagner de lui servir le même genre de traitement que certains républicains avaient accordé à Barack Obama en le chahutant en plein discours. En regardant le discours, les téléspectateurs pourront fort bien jauger la réaction démocrate en observant le visage de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, juste au-dessus de l’épaule de Donald Trump. Par exemple, quand le président parlera de son mur, un simple mouvement de la tête de celle qui contrôle les cordons de la bourse suffira à faire comprendre que ses demandes n’iront nulle part.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM