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Le droit à l’erreur

André Lamontagne MAPAQ
Photo Dominique Scali

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Faute avouée à moitié pardonnée. L’adage s’applique-t-il dans le cas du ministre de l’Agriculture André Lamontagne ?

Ce dernier a admis hier avoir fait une erreur en affirmant la semaine dernière qu’il avait « personnellement » congédié le fonctionnaire et lanceur d’alerte Louis Robert.

Un ministre qui fait ainsi acte de contrition, c’est plutôt rare et apprécié.

Cela correspond du reste à la manière dont François Legault voit l’exercice du pouvoir. Au caucus de la semaine dernière à Gatineau, il martelait que la CAQ doit rester humble malgré ses succès.

C’est une des leçons de cette campagne, expliquait-il à ses élus le 16 octobre : « On peut reconnaître qu’on fait une erreur. Et c’est vrai pour moi ; c’est vrai pour vous. Les Québécois ne s’attendent pas à ce qu’on soit parfaits, ils s’attendent à ce qu’on les écoute puis qu’on fasse de notre mieux, qu’on s’améliore, qu’on se retrousse les manches pour les aider. Donc, rappelons-nous ça : on a le droit de faire des erreurs. »

Bons sondages

L’actuel taux de satisfaction des Québécois à l’égard du gouvernement — évalué à 63 % — découle en partie de cette vision des choses.

Car elle tranche avec le caractère psychorigide du gouvernement Couillard, imbu d’une assurance à toute épreuve. Rien de surprenant de la part de médecins omniscients faisant équipe avec des gens qui, après 15 ans au pouvoir, estimaient que cela leur revenait de droit. M. Couillard n’a-t-il pas affirmé sans rire, en 2016 : « On a littéralement sauvé le Québec » ?

Mais revenons à André Lamontagne. J’ai bien écrit « à moitié pardonnée ».

D’une part, la contrition ne doit pas devenir une stratégie, une ruse, pour garder dans l’ombre certains aspects gênants dans un dossier. Ça ne manque pas ici !

Comme le critique libéral Gaétan Barrette l’a bien souligné, le ministre Lamontagne aura au fond livré quatre versions des faits en quelques jours.

D’autre part, si l’on en croit la version exposée hier, c’est la Protectrice du citoyen qui tranchera finalement. À moins qu’elle ne refuse le mandat !

On se demande bien ce qu’elle vient faire dans ce dossier. La Protectrice n’a pas pour mandat de « protéger » les ministres !

De plus, l’affaire concerne non pas un citoyen en tant que tel, mais un membre de la fonction publique, viré parce qu’il dénonçait l’emprise des entreprises fabriquant des pesticides.

S’il y avait enquête, elle serait sûrement longue et ardue, malgré l’aspect restreint que lui a donné le ministre : vérifier si la procédure de la loi 87 sur les dénonciations a bien été respectée. L’employé congédié, lui, devra attendre combien de temps, sans salaire, qu’on statue sur son cas ?

L’affaire montre enfin les lacunes de la — mal nommée — « Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics », adoptée en 2016.

Dans l’opposition, la CAQ avait appuyé avec enthousiasme son principe.

Le député Éric Caire estimait toutefois le projet de loi « hautement perfectible », notamment parce qu’il mettait en place une structure très complexe : « Il ne faut pas [...] que ça devienne les 12 travaux d’Astérix [...] que de dénoncer des situations répréhensibles ! »

En effet. Bref, le gouvernement Legault devrait amorcer au plus vite une révision de cette loi.