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Éthique et morale version SNC-Lavalin

Bloc SNC-Lavalin
Photo d'archives Agence QMI, Joël Lemay

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Le pouvoir de l’argent mène le monde

Entendons-nous sur une chose : la démocratie est un leurre, ainsi que tout ce qui vient avec, comme l’égalité des chances et la liberté de parole et d’action pour tous. Les puissants mènent et dictent la marche de la société à leur guise. Ils financent abondamment les partis politiques et embauchent une tonne d’ex-élus comme employés ou lobbyistes, genre Lucien Bouchard ou Jean Charest. Ils détiennent plusieurs médias d’information, exercent un immense pouvoir sur eux par la publicité et les commandites et emploient plusieurs ex-journalistes. Ils ont les moyens de se payer des pleines pages de campagnes dites d’information et de sensibilisation qui ne sont que propagande comme l’a fait souvent SNC-Lavalin dans La Presse : « L’engagement de SNC-Lavalin envers vous ». Ils s’achètent même des articles de journaux comme l’avait mentionné l’ex-président de la Banque Nationale, André Bérard, qui se targuait de pouvoir contacter les élus en tout temps et qui était consulté par ces derniers afin de les conseiller sur la marche à suivre. Voyez-vous souvent des politiciens et des journalistes se recycler dans les groupes communautaires après leur carrière? Avez-vous vu souvent des ministres aller parler à des syndicats de travailleurs ordinaires, à des regroupements écologistes et à des infirmiers? Mais non, ils préfèrent s’adresser à des représentants de chambres de commerce afin d’obtenir leur consentement.

Quelques exemples récents

« La variation des prix de l’essence est apparemment concertée dit Couillard » (Le Devoir, 31 mai 2018). C’est grave ce qu’il a dit. Ça veut dire que même si les consommateurs se font arnaquer par ces mastodontes pétroliers, il n’a rien fait. Nos élus ont le seul pouvoir de s’attaquer allègrement au monde ordinaire en charcutant leurs programmes sociaux; en libéralisant le marché du travail et en maintenant bas le salaire minimum; en privatisation en douce nos instruments collectifs comme la santé, les garderies, Hydro-Québec et la SAQ et en tarifant les services publics tout en détaxant et en subventionnant abondamment les entreprises avec notre argent. Même si des journalistes sérieux comme Michel Girard rédigent des textes documentés sur le comportement abusif des transnationales, rien ne change. La machine est trop forte : « La gloutonnerie des pétrolières » (Le Journal de Montréal, 20 octobre 2018). Et elles vont continuer de « gloutonner » paisiblement avec l’appui tacite de leurs politiciens.

Philippe Couillard, dans le but d’extirper les consommateurs des grosses pétrolières, a suggéré ceci : « Le premier ministre incite les Québécois à s’acheter un véhicule électrique ». Mais quel courage! Quant à l’universitaire Pierre-Olivier Pineau des HEC, il a conseillé de moins consommer de pétrole » (La Presse, 9 novembre 2015). Vraiment génial comme solution. Pour ce commis, « ce n’est pas tant produire qu’il faut que moins consommer ». Il peut bien être populaire auprès des organes d’information.

Et les immenses transnationales qui imposent leurs lois aux petits producteurs comme dans : « Airbus veut faire baisser le prix des fournisseurs », puis : « Loblaw serre la vis à ses fournisseurs ». Une drôle : « L’Impériale (Esso) a réalisé des économies “stupéfiantes” en encourageant (plutôt en dictant) la concurrence (entre ses fournisseurs d’ici et d’ailleurs » [Le Journal de Montréal, 7 novembre 2017 et Le Devoir, 7 mars 2018 et 24 septembre 2015]. Un conseil d’ami aux bonzes d’Exxon-Mobil, la compagnie mère d’Esso au Canada : plutôt que forcer la concurrence entre vos fournisseurs captifs, stimulez donc la compétition entre les pétrolières au Québec qui forment un véritable cartel.

Revenons à SNC-Lavalin : absolument rien à leur épreuve

Celles et ceux qui ont pris la peine de lire mes derniers blogues sur l’ampleur des fraudes, des magouilles, de la corruption, de la collusion, etc. commises ces dernières années par SNC-Lavalin et leurs dirigeants, doivent être stupéfaits. Qu’à cela ne tienne, nos gouvernements nous enjoignent de continuer à l’aimer. Eux, en tout cas, vont continuer de plus belle à la subventionner, à lui accorder de gros contrats lucratifs en PPP [comme le pont Champlain, le REM, le CUSM, etc.]. Pas grave, ce ne sont pas eux qui paieront les excès et la note, c’est juste le bon peuple et les générations futures.

Chez SNC-Lavalin, on se croit au-dessus de tout et ainsi on peut se permettre de dire et de faire n’importe quoi pour continuer à se payer la tête du monde. Tiens, comme cas probant, prenons cet exemple, qui vraiment dépasse, selon moi, les limites de l’entendement : “Le président de SNC-Lavalin plaide pour une plus grande conscience sociale” [Le Journal de Montréal, 25 octobre 2001]. Ayoye, dites-moi que je rêve. Une autre bonne : “Éthique, SNC-Lavalin aspire à devenir une entreprise modèle dans son secteur” [Le Devoir, 10 septembre 2013]. C’est quoi au juste une entreprise modèle dans le domaine des firmes d’ingénierie? Encore une drôle : “SNC-Lavalin publie un manuel anticorruption pour ses employés” [Le Journal de Montréal, 1er octobre 2013]. Il faudrait plutôt en publier un pour les dirigeants. Enfin, une dernière même si j’en ai d’autres dans mes dossiers d’articles : “Projets énergétiques. SNC-Lavalin veut en finir avec la méfiance” [Le Devoir, 16 septembre 2010]. Moi en tout cas je fais dorénavant confiance à SNC complètement métamorphosée et régénérée. Le PDG d’alors, Pierre Duhaime, “l’homme qui a pris part au pire cas de corruption de l’histoire du Canada” et qui a évité la prison [Le Journal de Montréal, 1er février 2019], avait alors dit : “Notre société doit remplacer les discours creux et les campagnes de relations publiques par un dialogue patient et constructif”. Parlant justement de discours creux et de campagnes de relations publiques, je dirais à M. Duhaime...

Les ardents défenseurs de SNC contre-attaquent

Je vous l’ai dit souvent : quand vous êtes puissant et que vous avez beaucoup de pognon, vous allez toujours avoir vos domestiques et larbins qui vont venir à votre défense quoique vous faites. Tiens, Brian Myles du Devoir a clamé, dans son éditorial du 11 mai 2016 : “SNC-Lavalin progresse”. Cherchez le progrès véritable. Si vous le trouvez, faites-moi signe. La Presse et ses chroniqueurs et éditorialistes ont toujours affiché une attitude positive envers SNC et cela les honore, comme Paul Durivage qui a écrit : “SNC-Lavalin repart d’un bon pied”. Et l’ex-éditorialiste en chef de La Presse, devenu sénateur, André Pratte, qui signe : “SNC-Lavalin relève la tête” [4 mai 2012]. Et aussi de monsieur Pratte : “L’extraordinaire réputation de la firme de génie-conseil est entachée” [La Presse, 15 février 2012]. Le sénateur Pratte a de la grosse pépeine.

Toujours et encore dans La Presse, ce consultant en “éthique”, Donald Riendeau, qui a intitulé ainsi son opinion du 9 mars 2012 : “Un ‘intérêt’ à soigner. Il faut éviter de détruire SNC-Lavalin, un fleuron qui a bâti une partie du Québec d’aujourd’hui avec son génie”. Vraiment touchant comme plaidoyer, non? Et pour vous culpabiliser, toujours dans la Presse du 13 avril 2012 sous la plume de Leslie Quinton : “Pourquoi s’acharner sur SNC-Lavalin?” Donc il faut arrêter de harceler le bougon et le fripon. Et cette dernière opinion publiée dans Le Devoir du 13 juillet 2018, signée par Denis Saint-Martin, un professeur à l’Université de Montréal : “Les destins contrastés d’Accurso et de SNC-Lavalin”. Pour l’universitaire, SNC est devenue un modèle à suivre. Ah oui, SNC a viré quelques dirigeants filouteurs mais qui ne sont pas partis les mains vides : “25 millions en indemnités de départ chez SNC” [La Presse, 9 avril 2016]. Idem pour l’ex-pdg Pierre Duhaime, qui a reçu à titre de dédommagement 4.9 M$ même si : “Pierre Duhaime arrêté pour fraude” [Le Journal de Montréal, 29 novembre 2012].