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Coupable d’insoumission

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C’est archi connu, le Venezuela contient les plus grandes réserves pétrolières du continent, peut-être même plus que l’Arabie Saoudite, et cela à quelques centaines de kilomètres des côtes américaines. Mais non seulement du pétrole, mais aussi des mines d’or, considérées comme les secondes en importance de toute la planète, et du gaz naturel à profusion. Sans parler de ses mines de diamant et de coltan. Autant de matières premières vénézuéliennes dont l’empire a énormément besoin pour continuer à faire fonctionner son économie, assurer sa domination sur une bonne partie des nations et demeurer la première puissance au monde, devant la Chine et la Russie. Des richesses à portée de main, dans ce que tous les présidents américains depuis Munroe ont toujours considéré comme leur arrière-cour, sauf depuis que Cuba est venu mettre un gros bémol dans cette domination et semer des graines de rébellion un peu partout, aussi bien en Amérique latine qu’en Afrique, dont sont issus une bonne partie des Cubains.

Pas étonnant, dans un tel contexte — le 16 janvier dernier, le Département d’énergie américain affirmait que les réserves pétrolières des États-Unis avaient diminué de 2,7 millions barils, une situation pas encore dramatique mais qui nécessite une solution rapide —, que les États-Unis soient à la recherche de nouvelles sources d’énergie à bon prix

Voici ce que disait, il y a quelques semaines, le chef du Commandement Sud des États-Unis, l’amiral Craig Faller, à propos de la crise au Venezuela :

« Il y a deux façons de résoudre le problème. En 1989, nous avons sorti Manuel Noriega du Panama [en envahissant ce pays]. Et en 1994, nous avons renversé le président d’Haïti [Jean-Bertrand Aristide]... »

Affirmer que les États-Unis entendent toujours agir comme le gendarme du monde ne relève pas d’un antiaméricanisme primaire. Leurs propres dirigeants ne s’en cachent pas.

Or, de quoi s’est rendu coupable le Venezuela ? La pire des fautes : insoumission face à l’empire. Et cela depuis l’arrivée du commandant Hugo Chavez, qui a nationalisé les richesses naturelles du pays, déclenchant la colère des anciens maîtres du pays, et qui a favorisé toutes sortes de programmes d’aide grâce à l’argent du pétrole. Chavez a aussi participé, après Cuba et la Bolivie, au réalignement des forces en présence, ouvrant les portes à la Chine et à la Russie dans la région et diminuant du même coup l‘influence des États-Unis. Car c’est aussi sous cet angle qu’il faut voir le conflit.

Vous pensez que le président Trump se soucie des droits de la personne au Venezuela ou ailleurs, lui qui s’est « emmillardé » grâce à l’arrogance, à la rapine, à l’escroquerie, à la tricherie et au mensonge ? Nenni. Trump n’en a que faire des déshérités de ce monde. C’est sur eux qu’il a bâti sa fortune. Ce qu’il a à cœur, c’est d’assurer sa prospérité personnelle et celle de son pays, coûte que coûte.

Or, en 2018, les États-Unis ont importé 500 000 barils de pétrole par jour du Venezuela. Que va-t-il se passer si l’embargo sur le pétrole vénézuélien est maintenu indéfiniment ? Les prix vont monter et les raffineries vont se trouver sans cru lourd en provenance du Venezuela. Elles ne devront compter que sur le pétrole du Mexique et du Canada. Le dollar américain risque de chuter car les États-Unis devront encore puiser dans leurs réserves stratégiques.

Quant au Venezuela, il va tout simplement augmenter ses exportations vers la Chine, l’Inde et d’autres pays asiatiques, sans trop souffrir. À moins que le chef du Commandement Sud ne précipite les choses et se lance dans une invasion de type Panama ou Haïti, en pensant minimiser les dégâts. Rien de moins sûr.