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Déglaçage des trottoirs: les entrepreneurs ont carte blanche pour l’épandage

Les contrats de l’administration Plante ne précisent pas la quantité d’abrasif à utiliser

Trottoir glacé
Photo PIerre-Paul Poulin

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Les Montréalais n’ont pas fini de rager contre les trottoirs glacés. Notre Bureau d’enquête a découvert que tous les contrats accordés par la Ville depuis trois ans sont imprécis ou n'exigent pas l'utilisation d'une quantité suffisante de sel.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a rappelé deux fois à l’ordre les arrondissements, depuis une semaine, à propos du piètre état des trottoirs.

«Je n’accepterai sous aucun prétexte que l’exécution ne soit pas adéquate», a-t-elle écrit dans une lettre aux arrondissements.

La mairesse demandait aussi que le service soit «sans faille sur l’ensemble de notre territoire».

Or les nouveaux contrats de déneigement, qui sont rédigés par la ville-centre depuis 2016, laissent beaucoup de place pour les failles.

Dans cinq arrondissements, la Ville demande aux entrepreneurs d'épandre toujours la même quantité de sel et d’abrasifs sur les trottoirs, soit 150 grammes d’abrasifs par mètre carré, peu importe la météo.

Toujours pareil

Ce taux est resté inchangé, même pendant les gros épisodes de glace qu’a connus la métropole depuis deux semaines, alors que 300 g/m2 auraient été nécessaires, a affirmé un responsable d’arrondissement qui souhaite garder l’anonymat.

L’élu responsable du déneigement dans l’administration Plante, Jean-François Parenteau, admet que 150 g/m2 c’est «trop peu».

«Si un arrondissement est dans ce contrat, la ville-centre fournit les abrasifs supplémentaires pour compenser», assure-t-il.

Toutefois, certains arrondissements ont préféré ne pas s’aventurer dans la complexe opération consistant à calculer la quantité d’abrasifs supplémentaires à fournir à l’entrepreneur, puis à récupérer l’excédent à la fin de l’hiver.

L’arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, de son côté, dit avoir les mains liées par ce contrat qui, souligne-t-on, a été fait par la ville-centre.

«Les quantités qui sont inscrites dans le devis sont celles que doivent suivre les entrepreneurs», indique la chargée de communications Michèle Blais.

Nouveaux contrats... imprécis

La Ville a tenté de corriger le tir en 2017, mais les nouveaux contrats ouvrent la porte à d’autres problèmes.

Montréal laisse maintenant aux entrepreneurs le soin de décider de la quantité d’abrasifs à répandre, «en fonction des conditions météorologiques». Le taux minimum est de 150 g/m2, et le maximum est de 300 g/m2.

«Les devis laissent une grande marge de manœuvre, déplore le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Lionel Perez. C’est normal que les entrepreneurs qui paient leur sel essaient de réduire leurs coûts.»

Dans son arrondissement, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, l’entrepreneur avait choisi un taux de 225 g/m2 avant que le directeur des travaux publics ne lui demande, fin janvier, d’augmenter la quantité de sel au maximum.

Le maire de l’arrondissement de Verdun, Jean-François Parenteau, ne croit pas que les nouvelles normes soient problématiques.

«Maintenant, on dit à l’entrepreneur de ramener ça sécuritaire. Il ne peut plus dire qu’il ne passe pas quatre fois parce que c’est écrit trois fois au contrat», juge l’élu.

«Le directeur des travaux publics [de chaque arrondissement], son travail, c’est de donner des directives à ses entrepreneurs et de s’assurer que le travail est bien fait», tempête M. Parenteau.

5 arrondissements où les quantités demandées sont insuffisantes

  • Mercier–Hochelaga-Maisonneuve
  • Lachine
  • Plateau-Mont-Royal
  • Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension
  • Secteurs d’Ahuntsic-Cartierville

7 arrondissements où les quantités demandées sont imprécises

  • Montréal-Nord
  • Outremont
  • Saint-Léonard
  • Sud-Ouest
  • Ville-Marie
  • Secteurs de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce
  • Secteurs de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

«Faites votre “job”, monsieur de l’opposition, les maires de l’opposition, mes maires, soyez sur le terrain, talonnez vos directeurs d’arrondissement, assurez-vous que le travail est fait.» – Valérie Plante, mairesse de Montréal

De «vieux contrats» plus précis

Seulement deux arrondissements donnent des directives très précises aux entrepreneurs chargés d’entretenir les trottoirs, et leurs responsables croient que c’est la meilleure solution.

Dans Rosemont–La Petite-Patrie et une partie d’Ahuntsic-Cartierville, les «anciens contrats» sont encore en vigueur. La quantité de sel et d’abrasifs est spécifiée selon la température.

  • 0 °C à -10 °C: 150 g/m2
  • -11 °C à -15 °C: 200 g/m2
  • < -15 °C: 250 g/m2

Le nombre de passages de la saleuse est aussi précisé selon les précipitations.

«Quand on est arrivés au pouvoir en 2009, il n’y avait pas de critères précis. On voulait que ce soit vraiment bien défini et on a pratiquement triplé la quantité d’abrasifs, explique le maire de Rosemont-La Petite-Patrie, François Croteau. Ç’a un coût, mais c’est quelque chose qu’on a décidé d’assumer.»

Plus uniforme

La division des travaux publics d’Ahuntsic-Cartierville reconnaît qu’il serait préférable de s’inspirer de ces contrats.

«La précision sur la quantité d’abrasifs à épandre permettrait d’avoir une uniformité dans l’arrondissement», explique Michèle Blais, de l’arrondissement.

Les anciens contrats très précis viennent à échéance à la fin de l’hiver et seront remplacés par ceux de la ville-centre, qui posent problème.

Mais le maire de Rosemont dit qu’il n’aura pas à laisser tomber les critères précis de déglaçage, qui fonctionnent très bien selon lui.

«Les appels d’offres sont préparés en concertation avec les arrondissements. On a quand même un mot à dire», soutient M. Croteau.

Pourtant, depuis 2016, aucun arrondissement n’a précisé de taux d’épandage différent de celui qu'exige la ville-centre dans les spécifications locales des devis.