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Immigration: livrer sa part du contrat

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La CAQ vient de déposer une pièce législative parmi les plus importantes de la session parlementaire, sa loi sur l’immigration et le test des valeurs. Sujet qui divise, mais intentions clairement annoncées, la CAQ est allée chercher en élection toute la légitimité pour lancer cette discussion.

L’objectif du projet de loi tel que rédigé est éminemment noble : mieux intégrer les personnes immigrantes au marché du travail et à la société. Sauf que l’analyse d’un tel projet ne se limite pas aux grandes intentions. Il faut décortiquer.

Marché du travail

Le gouvernement de la CAQ veut d’abord une immigration plus axée sur les besoins du marché du travail. Ce volet est excellent. N’ayons pas peur de dire qu’une politique d’immigration doit d’abord viser à répondre aux besoins de la société d’accueil. Mis à part nos devoirs vis-à-vis les réfugiés, le Québec a le droit de sélectionner les immigrants en ayant en tête les exigences de l’économie.

Particulièrement dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, notre gouvernement a raison de vouloir recruter des gens dont les diplômes et expériences de travail coïncident avec nos besoins. On fait d’une pierre deux coups. On aide une entreprise de chez nous à pourvoir ses postes vacants. Et en même temps, on met les chances de notre côté pour une expérience d’immigration réussie.

L’intégration immédiate dans un emploi constitue une extraordinaire amélioration des conditions d’intégration sociale et linguistique. Cela est encore plus vrai lorsque l’insertion se vit dans une entreprise en dehors de Montréal. L’intégration linguistique de toute la famille devient alors presque automatique.

Langue et valeurs

L’autre grand volet — et le plus litigieux — du projet de loi vise à faire porter sur les nouveaux arrivants une plus grande responsabilité quant à la connaissance de la langue française et des valeurs. Depuis quelques décennies, nous avons établi qu’il s’agissait d’un devoir des immigrants reçus au Québec. Or dans bien des cas, ce devoir ne voulait pas dire grand-chose.

La CAQ se lance dans l’épineux exercice de donner un sens à ce devoir, c’est-à-dire de vérifier cette connaissance de la langue et des valeurs. Le principe est valable. Mais l’exercice qui en découle, soit la confection d’une sorte de test de valeurs ou de maîtrise du français, s’avère hautement délicat.

En somme, la CAQ veut repenser le contrat qui s’établit entre le nouvel arrivant au Québec et la société d’accueil. Mais un contrat doit aller dans les deux sens. Si la personne immigrante voit le gouvernement québécois se montrer plus exigeant en matière d’efforts d’intégration, le gouvernement se retrouvera aussi dans une obligation de résultat.

En matière de francisation, l’offre du gouvernement du Québec a reculé au cours des dernières années. La reconnaissance des diplômes et des expériences de travail des immigrants est un dossier qui traîne honteusement depuis trop longtemps. Que dire des autres barrières à l’emploi ?

Pour que cette politique soit crédible, le gouvernement du Québec doit livrer sa partie du contrat.