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Drouin aux portes de l’excellence

Brendan Gallagher, Phillip Danault et le capitaine Shea Weber se réjouissent des succès qu’obtient Jonathan Drouin.
Photo AFP Brendan Gallagher, Phillip Danault et le capitaine Shea Weber se réjouissent des succès qu’obtient Jonathan Drouin.

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Jonathan Drouin ne maintiendra pas continuellement une moyenne de trois points par match. Mais pour la première fois depuis ses débuts dans la Ligue nationale, il a déployé son plein potentiel dans les récents matchs.

« Depuis qu’il s’est joint à nous, c’est probablement sa séquence la plus dominante », a déclaré Claude Julien après sa performance de quatre points contre les Jets de Winnipeg, l’autre soir.

La photo qui accompagnait le compte rendu de mon collègue Jean-François Chaumont, dans notre édition d’hier, montrait Drouin avec un regard de feu, quand il a inscrit son deuxième but contre Connor Hellebuyck.

C’est ce qu’on veut voir de lui. On le sait capable d’accomplir de grandes choses. Il est l’attaquant québécois que les partisans du Canadien attendent depuis longtemps.

La rançon de la gloire

Les joueurs talentueux comme Drouin s’exposent à des critiques lorsqu’ils ne poussent pas au maximum. Stéphane Richer pourrait très bien lui en parler.

Dans leur rôle de commentateur, Mario Tremblay et Benoit Brunet ont maintes fois reproché à Drouin son manque d’implication ces dernières semaines.

Face aux critiques d’amateurs qui leur demandaient de cesser de s’acharner sur Drouin, les deux anciens du Canadien ont expliqué que c’est parce qu’ils le savaient en mesure d’apporter beaucoup plus au Canadien qu’ils déploraient sa tenue. Ça n’avait rien de personnel.

Difficile de rester dans sa bulle

De son côté, Drouin affirme ne pas être au courant de ce qui se dit et ce qui s’écrit à son sujet dans les médias.

« Si je commence à écouter ce qui se dit en dehors de la glace, ça ne me fera pas de bien, invoque-t-il.

« Depuis que je suis à Montréal, j’ai tout fermé. Je ne regarde pas les chaînes de télévision sportives. »

Qu’un joueur du Canadien affirme ne rien savoir de ce que les journalistes et les amateurs peuvent dire de lui dans un marché comme Montréal paraît invraisemblable. Il y aura toujours un membre de la famille ou un ami pour le lui rapporter, mais bon.

Drouin veut peut-être éviter de soulever de la poussière.

« Je ne joue pas pour les médias et les gens qui regardent les matchs, dit-il.

« Je joue pour les joueurs de mon équipe et nos coachs. Pour moi, c’est la seule façon de jouer au hockey. »

Deux sources d’inspiration

Par contre, Drouin ne nie pas que le fait d’évoluer en compagnie de Phillip Danault et de Brendan Gallagher le stimule.

« Ce sont deux joueurs motivés et constants à chacune de leur présence sur la patinoire, souligne-t-il.

« La constance n’a pas été toujours là dans mon cas. En jouant avec ces deux-là, je dois être prêt pour chacune de mes présences. »

L’exemple de Peter Mahovlich

Certains diront peut-être qu’un bon joueur qui a besoin d’être poussé dans le dos pour performer a un problème. Or, plusieurs joueurs vous diront qu’ils ne seraient pas devenus des joueurs de premier plan s’ils ne s’étaient pas fait botter les fesses par des coéquipiers.

La carrière de Peter Mahovlich, qui était l’un des joueurs les plus imposants (six pieds cinq pouces, 205 livres) de son époque, tournait en rond lorsque le Canadien l’avait obtenu des Red Wings de Detroit, en 1969. Il a commencé à prendre du galon lorsqu’il est tombé entre les mains du dur à cuire John Ferguson.

Il a connu deux saisons supérieures à 100 points avec le Tricolore et détient toujours le record d’équipe pour le plus grand nombre de mentions d’aide avec 82. Une chance que c’était un « mangeux de puck », comme certains l’accusaient à tort.

Mahovlich est devenu un joueur étoile avec le Canadien. Il a défendu les couleurs du Canada lors de la Série du siècle contre l’Union soviétique, en 1972, et lors de la première édition du tournoi de la Coupe Canada, en 1976.

Avec ce qu’il nous démontre depuis quelque temps, Drouin est aux portes de l’excellence. Montréal ne demande qu’à l’applaudir.

 

Jusqu’où peut aller le CH ?

Avec plus des deux tiers du calendrier écoulés, il faut bien se rendre à l’évidence que la tenue du Canadien n’est pas du chiqué. La question est de savoir maintenant jusqu’où cette équipe peut aller.

« Ça revient toujours à la même chose », a dit Claude Julien lorsque questionné à cet effet après la victoire des siens face aux Jets de Winnipeg, jeudi soir.

« Ce ne sont pas toujours les meilleurs jours qui font les meilleures équipes. C’est le meilleur groupe de joueurs qui joue ensemble. C’est ce qu’on essaie de faire présentement. »

Une leçon pour Gretzky

Ça me rappelle une déclaration de Wayne Gretzky au sujet de l’édition 1971 du Canadien lors du dévoilement des meilleures éditions championnes de la Coupe Stanley, dans le cadre des célébrations du centenaire de la Ligue nationale.

« La coupe n’avait pas été gagnée par la meilleure équipe cette année-là [les Bruins étaient les grands favoris], mais par le meilleur groupe de joueurs », avait dit Gretzky.

« Plus tard avec les Oilers, c’est une chose que je m’appliquais à mettre en valeur. »

Non, les amis, je ne cherche pas à vous dire que le CH est aspirant à la Coupe. Cette équipe est le jour et la nuit avec celle qui vous a fait tant damner l’année dernière. La métamorphose est extraordinaire !

« Les joueurs ont modifié leur approche », a indiqué Jonathan Drouin.

« L’an dernier, on attendait de voir ce que l’adversaire allait faire. Cette année, on contrôle ce qu’on peut et notre concentration porte moins sur nos rivaux. »

La fameuse attitude, aspect sur laquelle Marc Bergevin avait mis tant d’emphase dans son bilan de la saison dernière, s’est améliorée.

« Ce qui s’est produit l’an dernier est un peu compréhensible », a continué Drouin.

« C’est dur d’être positif et de voir le bon côté des choses quand tu subis six ou sept défaites de suite. On ne baisse pas la tête quand on accuse un déficit cette année. C’est ce qui a changé. »

Voyons ce que Drouin et ses coéquipiers vont faire ce soir. S’ils battent les Leafs, la ville risque d’être à l’envers.