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Le nez

Gérard Depardieu en Cyrano
Photo d’archives Gérard Depardieu en Cyrano

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Et si on lâchait momentanément l’identité pour parler du plus énorme et du plus célèbre nez de tous les temps ?

« C’est un roc ! C’est un pic ! C’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule ! »

Depuis hier, est à l’affiche Edmond, le délicieux film d’Alexis Michalik sur la création par Edmond Rostand, en 1897, de Cyrano de Bergerac, le plus grand succès de l’histoire du théâtre français.

Allez-y !

Jouissif

Mais allez-y en acceptant de jouer le jeu. Allez-y en vous rappelant que nous fûmes tous, jadis, des enfants. Allez-y en laissant au vestiaire la sévérité coincée et snobinarde d’un critique professionnel du « 7e art ».

C’est du gros fun décomplexé, jouissif, croulant sous la crème chantilly, décadent, « sale », mais avec l’esprit parisien, quand cet esprit décide d’être picaresque plutôt que chiant. C’est drôle, touchant, burlesque, bouffon, attendrissant, complètement dégoulinant de sauce.

En 1897, dans un Paris joliment recréé par ordinateur, Edmond Rostand a 29 ans.

Constantin Coquelin en Cyrano
Photo d’archives, wikimedia commons
Constantin Coquelin en Cyrano

Étiqueté « poète raté », il n’a connu que des échecs. On se sauve en le voyant arriver. On lui rit en pleine face.

Seule sa femme croit encore en lui. Ils sont fauchés. Elle tient de son mieux ce qui reste du navire.

Il obtient une dernière chance. Il a trois semaines pour pondre une pièce. Il n’a que le titre.

Et le reste, comme on dit, appartient à l’histoire.

Dans la vraie vie, ça ne s’est pas exactement passé comme ça : Rostand n’était pas si raté que cela. Mais, je vous l’ai dit, ça n’a aucune importance.

Il est vrai cependant que son comédien principal, Constantin Coquelin, est pourchassé par ses créanciers.

Vrai qu’on répète des scènes pendant que l’auteur écrit les suivantes, sans connaître la fin.

Vrai que Rostand, convaincu de l’échec, demande pardon aux comédiens de les avoir entraînés dans cette « effrayante aventure ».

Vrai surtout que l’ovation à la fin dura 20 minutes, que les comédiens furent portés en triomphe dans les rues de Paris, et que Rostand reçut la Légion d’honneur... trois jours après la première.

Elle s’appelait...

Peut-être, messieurs, que l’affaire vous est arrivée dans votre jeunesse. Moi, en tout cas, elle m’est arrivée.

Nous sommes dans l’adolescence. On est maladroit, boutonneux, gêné devant les filles, complètement « pogné ».

Et le premier jour de la rentrée, vous voyez cette fille sublime, incroyable, hallucinante.

Vous avez du mal à respirer. Vous vous sentez rougir.

Vous rêvez à ce que vous lui diriez. Mais vous n’osez pas. Elle va rire.

Dans mon cas, elle s’appelait... Hé hé hé.

Et là, tout d’un coup, elle tombe sous le charme du plus gros connard de la classe, l’épais absolu, le gars avec un pois chiche pour cerveau.

Mais c’est le gars le plus populaire, il ressemble à Tom Brady, il le sait. Et vous pleurez de rage.

Au fond, c’est ça Cyrano, mais avec cette idée que, même lorsque ça va mal, très mal, on peut rester digne et noble.

Allez voir ce film.