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Une page d’histoire

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Tous s’attendaient, lors de la condamnation d’Alexandre Bissonnette, à des moments chargés d’émotions intenses, mais personne n’avait prévu un tel coup de théâtre servi par le juge François Huot.

Imaginez une salle pouvant contenir quelques centaines de personnes et où vous réunissez l’auteur d’une tuerie abominable, avec son visage d’enfant dans un corps d’homme, et ses parents qu’il n’a de cesse de chercher du regard, dévoré par l’anxiété.

Non loin se trouvent les proches de victimes innocentes et même des gens blessés, dans un cas très gravement, lors de l’évènement. Les traits tirés, grugés par la peine, les gens de la communauté musulmane se sont serré les coudes. Le ventre vide, seules quelques pauses ayant été accordées par le juge, ils ont patiemment écouté pendant six heures avant que n’aboutisse le prononcé de la sentence. Je n’ose imaginer leur calvaire.

Ajoutez à cela des mesures de sécurité extraordinaires. Et un récit à glacer le sang relaté par le juge Huot, qui a fait craquer les proches des victimes, dont une jeune fille et sa mère qui ont dû quitter la salle, incapables de retenir leurs sanglots.

Vous avez là un tableau surréaliste et déstabilisant, qui a conduit à la condamnation exemplaire d’un jeune dont la vie a été misérable, malgré une famille aimante. Un jeune aux idées suicidaires qui a été le souffre-douleur de ses camarades de classe. Qui n’a jamais réussi à intégrer la société.

Une réalité si triste, mais qui n’excuse évidemment en rien les gestes irréparables qu’il a commis. Pour sortir de l’échec, l’insignifiance et l’anonymat, Alexandre Bissonnette cherchait la gloire, a rappelé le magistrat. Plutôt que d’opter pour la lumière, il a semé mort et terreur.

Réécrire la loi

Décochant au passage quelques gifles bien senties à l’ancien gouvernement conservateur, le juge a choisi de réécrire la loi. Il a en effet estimé qu’elle contrevenait à la Charte canadienne des droits et libertés. L’accusé ne mourra peut-être pas en prison, mais il y sera pour au moins 40 ans.

Les gens de la communauté musulmane ont dénoncé une sentence clémente. On peut comprendre leur peine et leur soif de vengeance. Le juge a toutefois opté pour la protection de la dignité humaine, et a bien rappelé que le but d’une sentence n’est pas d’obtenir vengeance, mais de prononcer une peine juste et équitable. Rien ne pourra redonner les maris et pères aimants et aimés à leurs familles.

À la sortie de la salle, des avocats criminalistes se félicitaient de s’être déplacés pour entendre cette « pièce d’anthologie » du juge Huot. Connaissant l’immense talent de l’homme de droit, tous s’attendaient à un jugement impeccable, mais nul n’avait prévu une telle recherche qui s’est étendue jusque sur un plan international, de l’Europe en passant par Chypre et l’Australie.

L’un d’eux, Me Rénald Beaudry, avocat réputé de Québec, faisait remarquer l’ampleur du travail accompli, dans un jugement qu’il sera difficile d’attaquer tant tout a été pensé.

Le jugement sera très probablement porté en appel. Mes pensées reviennent aux familles éplorées, qui malheureusement devront encore attendre pour vivre leur deuil en paix.