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Il est temps de passer à autre chose

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Ça y est, le débat sur le port des signes religieux chez les employés de l’État renaît de ses cendres. Nous voilà replongés dans un énième drame collectif, où les déclarations maladroites des uns côtoieront les accusations de racisme des autres, rendant tout débat impossible.   

Les médias et les chroniqueurs s’empareront de ce débat en sachant très bien qu’il vous fait réagir. Il est toujours plus simple de manquer de nuance que d’aller au fond des choses.    

Il ne faut donc pas se surprendre à ce que notre sphère médiatique discute des signes religieux, comme on parle de la météo en hiver. L’espace accordé pour décortiquer, discuter, débattre et s’indigner sera démesuré.   

On commence à connaître la chanson : une déclaration maladroite, l’indignation de certains groupes de pression, une inquisition médiatique et des rétractations ! Rendez-vous la semaine prochaine pour une autre hystérie collective sur le sujet.    

Je ne dis pas que ce n’est pas un sujet essentiel, je dis que nous sommes en train d’en devenir obsédés. Le long détour pris par le Québec depuis la crise des accommodements raisonnables doit prendre fin ce printemps. Reconnaître la laïcité de l’État, appliquer le consensus Bouchard-Taylor, ajouter une clause « grand-père » pour les employés déjà dans la fonction publique. Merci, bonsoir. Passons au prochain appel.    

Et si seulement c’était aussi simple.   

Mais non, on continuera plutôt de se questionner sur le modèle de laïcité à adopter : ouverte, intérieure, autoritaire, tranquille, de reconnaissance, anticléricale, de collaboration, de foi civique, alouette ?   

Pendant ce temps, une foule de nouvelles sont passées sous notre nez sans qu’on s’en alarme vraiment.    

Je vous défie d’aller jeter un coup d’œil à la section « environnement » des différents médias. Il y a beaucoup plus à se révolter dans ces sections que dans tout ce débat sur la place des symboles religieux dans l’État québécois.    

7 février dans le Journal : « La fonte des calottes glaciaires pourrait provoquer un chaos climatique ». Cette fonte évoquée fera bientôt augmenter le niveau des océans et engouffrera vraisemblablement plusieurs villes au long de la Vallée du Saint-Laurent, de la ville de Québec à l'est de Montréal.     

Mais, jasons plutôt de la place du crucifix à l’Assemblée nationale du Québec...   

6 février dans le Journal : « 2018 a été la quatrième année la plus chaude jamais enregistrée ». Les trois autres années les plus chaudes ? 2015, 2016 et 2017. Le long terme n’a jamais été aussi clair.   

Mais, jasons plutôt s’il sera permis à un gardien de prison de porter son kirpan...  

25 janvier dans Le Devoir : « Le climat erratique pose de nouveaux défis. » Nos infrastructures ne seraient pas adaptées aux grandes variations de température, ainsi qu’au cocktail de neige, de verglas et de pluie. Évidemment, la facture salée sera refilée aux prochaines générations, qui devront payer des milliards pour l’inaction des gouvernements en place et l'immobilisme de leurs parents.   

Je pourrais continuer comme ça pendant des pages et des pages.   

Le problème ici n’est pas que l’on discute de signes religieux chez les employés de l’État, c’est un débat essentiel et toutes les sociétés occidentales se posent les mêmes questions. Le problème est que tout a déjà été dit de part et d’autre et que c'est devenu un dialogue de sourds. On tourne en rond quand l’heure est maintenant venue à la décision.   

Il vient un moment où un sujet obsède tellement une société qu’il empoisonne le débat public, nous divise dans un camp ou dans un autre et remet à plus tard nos autres urgences, à commencer par l’urgence climatique.   

Légiférons, qu’on passe (enfin) à autre chose.