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Un «deal» bien modeste qui permettra à Trump de s'accrocher à son mur

Donald Trump Holds MAGA Rally In El Paso To Discuss Border Security
AFP

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Au Congrès, démocrates et républicains se sont finalement entendus sur une formule budgétaire bien en-deçà des attentes du président sur les fonds alloués à un mur frontalier, mais qui lui permettra de continuer à galvaniser sa base partisane en entretenant le mythe de la réalisation de son projet fétiche.

Il n’y aura vraisemblablement pas de nouvel épisode de «shutdown». Au Capitole, les deux partis se sont entendus sur une résolution budgétaire qui couvrira les six prochains mois et, surtout, évitera une répétition du fiasco qui a entraîné 36 jours de paralysie du gouvernement fédéral et coûté plus d’une dizaine de milliards à l’économie américaine.

Sachant que le président pourrait fort bien ne pas signer un compromis qui ne comporterait aucun financement de nouvelles barrières à la frontière sud, les républicains du Congrès ont fait de gros efforts pour amener les démocrates à accepter un montant de 1,375 milliard $ pour des infrastructures frontalières. Ce montant est bien inférieur à celui d’un compromis antérieur que Trump avait jugé insuffisant, mais il n’aura pas le choix de l’accepter cette fois-ci, car l’appui au mur frontalier à l’intérieur de son parti s’est considérablement refroidi (et pour cause, car le projet est rejeté par une solide majorité d'Américains).

Une défaite que Trump transformera en victoire

Il en va tout autrement pour Trump lui-même. Le président a tellement investi dans les promesses faites à sa base au sujet du mur à la frontière qu’il ne peut pas se permettre de les décevoir. Même si la réaction initiale de Trump à l’annonce du compromis a été la déception de ne pas avoir obtenu tout ce qu’il demandait, il devra faire accepter ce mince accomplissement à sa base partisane comme le premier pas vers l’achèvement d’un mur couvrant toute la frontière américano-mexicaine.

Si on en croit son discours d’hier à El Paso, Trump n’aura aucune difficulté à gonfler l’importance du montant obtenu pour donner l’impression à ses électeurs que l’achèvement du mur est inévitable. Comme le laisse supposer son nouveau slogan, «Finish the Wall», Trump répète sans cesse à ses partisans que la construction du mur est déjà entamée. Rien n’est plus faux. Pas un seul pouce de mur n’a été ajouté aux infrastructures déjà existantes depuis l’an dernier, mais Trump n’hésite pas à affirmer à ses partisans que la construction avance à bon train (il affirme le contraire lorsqu’il réclame des fonds, mais Trump n’est pas à une contradiction près).

Assez pour l’hyperbole

Même si le montant consacré à la construction de barrières est de loin inférieur à ce qu’il demandait et qu’il s’agit d’une défaite pour le président, il ne serait pas étonnant qu’il transforme cet échec en victoire dans les discours qu’il servira à ses partisans. D’une part, Trump pourra désormais produire des images concrètes du travail de construction (ou de réfection), ce qui lui permettra de continuer à convaincre sa base militante de la viabilité du projet, tout en ayant toute la latitude pour continuer à blâmer les démocrates de bloquer l’avancement de cette construction symbolique.

Ce premier poste de dépense pour le mur arraché aux démocrates permettra à Donald Trump de mettre en œuvre face à ses partisans la stratégie de l’hyperbole montée sur un fond de vérité qui était au cœur de sa stratégie dans «The Art of the Deal». Ce sera sans doute assez pour calmer ses partisans inconditionnels, qui carburent à la xénophobie et qui qui boivent ses paroles comme du petit lait. Par contre, il serait étonnant qu’une campagne centrée sur un tel symbole lui permette de faire des gains appréciables au centre de l’électorat. Quant à l’achèvement du mur de 3000 kilomètres promis par Trump, ça n’arrivera jamais.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM