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Une vie de passions

Michel Sarra-Bournet
Photo courtoisie Michel Sarra-Bournet était de la trempe des grands intellectuels du Québec moderne.

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En termes médiatiques, Michel Sarra-Bournet, historien et politologue, n’était pas une « vedette ». Sa vie tissée serré d’une passion sans limites pour le Québec mérite pourtant qu’on s’y arrête. Permettez-moi de vous en parler.

Michel, mon ami et ancien collègue, est décédé à l’âge de 58 ans. Ses funérailles ont eu lieu dimanche. À son image, la cérémonie émouvante célébrait la vie de Michel – une vie de passions déclinées au pluriel.

Michel était de la trempe des grands intellectuels du Québec moderne. Loin de vivre dans une tour d’ivoire, il était pleinement enraciné dans la réalité. Humaniste et bon vivant, son sourire était contagieux. Il adorait le tango et les voyages, mais son cœur le ramenait toujours vers les siens.

Homme de liberté, Michel était un souverainiste de tête et de cœur –, il fut aussi conseiller politique auprès de Lucien Bouchard. Sa vision était celle d’un Québec ouvert au monde et à sa propre diversité. Pour se faire, disait-il avec raison, l’indépendance devait parler aux jeunes et aux nouveaux Québécois.

Un semeur

À travers ses nombreuses années d’enseignement à l’UQAM et à l’Université de Montréal, Michel s’est fait le semeur d’une connaissance approfondie du Québec. Esprit fin, cultivé et d’une rigueur inattaquable, Michel Sarra-Bournet avait également un talent rarissime.

Il pouvait en effet piloter plusieurs projets à la fois – cours, conférences, colloques, livres, séminaires, articles, recherches, etc. –, tout en les menant tous à terme avec brio et minutie.

Lorsqu’il a su qu’il était atteint d’un cancer agressif, nous avons mangé ensemble pour en discuter. Étant moi-même survivante du cancer, Michel voulait qu’on se parle de ce qu’il vivait. Il était ébranlé, mais espérant et combatif, comme toujours.

Même en pleine lutte pour sa vie, Michel voulait aussi parler de l’état du Québec. Je le regardais et l’écoutais avec attention et admiration.

Fondation

La première fondation de Michel, celle qui lui a donné la force d’accomplir tout le reste, était sa famille. Issu d’une fratrie nombreuse et soudée solide, il a eu trois beaux enfants et trois magnifiques petits-enfants. De toute évidence, Michel a beaucoup aimé et il fut beaucoup aimé. Ses photos projetées tout au long de la cérémonie nous montraient un père et un grand-père fier et heureux.

Malgré sa maladie et son passage beaucoup trop bref sur cette terre, son parcours fut celui d’une vie remplie à ras bord. Remplie d’amour, d’amitiés et de collaborations fertiles dans tous les sens du mot. Michel, nous ne t’oublierons jamais.

Pour ceux et celles qui voudraient découvrir ou redécouvrir son œuvre, ses livres sont nombreux et toujours fascinants d’actualité, dont notamment : L’affaire Roncarelli : Duplessis contre les témoins de Jéhovah (prix Edmond-de-Nevers), Le pays de tous les Québécois, Manifeste des intellectuels pour la souveraineté, Entretiens avec Louis Bernard, Duplessis – Entre la Grande Noirceur et la société libérale, Les nationalismes au Québec du XIXe siècle au XXIe siècle et L’enseignement de l’histoire au début du XXIe siècle au Québec.