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Agir courageusement, en cachette

Monsieur Trudeau paye un prix élevé pour avoir agi en cachette, alors qu’il pourrait bien avoir raison sur le fond

POL-BILAN-TRUDEAU
photo AGENCE QMI, MATTHEW USHERWOOD

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Quelle incroyable saga que celle qui est en train de couler Justin Trudeau ! Voici un dossier où le premier ministre semble avoir posé les gestes sérieux et responsables qu’on attend d’un chef de gouvernement, mais en cachette.

Celui qui convoque les caméras dès qu’il a une déclaration vide et belle à faire a agi en catimini lorsqu’est venu le temps de suivre avec attention un dossier complexe. Celui qui fait un selfie avec les certificats d’emprunt lorsqu’il accumule les déficits, rampe sous les projecteurs lorsqu’il cherche l’équilibre dans un dossier économique crucial. Ahurissant, non ?

Parce que sur le fond, je crois sincèrement que l’approche de Justin Trudeau tient la route. Il y a une solide logique à vouloir éviter un procès à SNC-Lavalin. Pas pour banaliser les épisodes de corruption. L’entreprise doit payer pour des modes de fonctionnement déplorables.

Entreprise c. individu

Il faut néanmoins regarder la situation avec un minimum de sens pratique. Les entreprises ne vont pas en prison ! La conséquence de poursuivre une entreprise est principalement une destruction de sa réputation et une perte de sa capacité de soumissionner sur des contrats futurs.

Des dirigeants qui seraient pris individuellement dans une affaire de corruption sont susceptibles de se retrouver derrière les barreaux. Eux pourraient faire de la prison pour des actes condamnables. Mais l’entreprise elle-même ne peut pas évidemment se retrouver au cachot.

Dans le cas de SNC-Lavalin, l’effet d’une condamnation criminelle serait de fragiliser énormément cette entreprise très importante pour le Canada et en particulier pour le Québec. La quasi-totalité des milliers d’employés de l’organisation au Canada n’a jamais baigné dans une quelconque histoire louche. Pourquoi devraient-ils voir leur emploi mis à risque pour les bêtises d’une poignée de dirigeants ?

Du point de vue de l’intérêt du Canada, il apparaît évident que SNC-Lavalin affaiblie, au bord de la faillite, serait à risque d’être rachetée pour une bouchée de pain par des étrangers. Rien de trop gagnant !

C’est pour toutes ces raisons qu’existent les accords de réparation. Il s’agit d’une entente hors cour dans laquelle une entreprise reconnaît ses torts, paye une amende énorme et présente ses mécanismes d’assainissement de ses pratiques. Cette pratique parfaitement légale existe au Canada et ailleurs.

La crise politique

La ministre Wilson-Raybould ne voulait rien savoir de cela ? Saura-t-on un jour pourquoi ? Parce qu’elle savait des choses ou parce qu’elle s’est entêtée au nom de principes théoriques ? Ou parce que son image de personne pure, qui lave plus blanc que blanc, a pris le dessus sur l’intérêt général du pays ?

Dans tous les scénarios, on ne peut pas faire semblant d’être surpris que Justin Trudeau et son bureau aient gardé un œil sur cet enjeu délicat. Le contraire serait un scandale d’irresponsabilité.

Alors si l’erreur de monsieur Trudeau n’était que d’avoir agi en catimini ? Il me semble que si on avait gardé le public dans le coup à chaque étape, la crise actuelle n’aurait jamais existé.