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Les Francs-tireurs v. Gilbert Rozon

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La semaine dernière, Télé-Québec a poursuivi le « procès médiatique » de Gilbert Rozon, entamé en octobre 2017, alors que plusieurs femmes ont porté contre lui des accusations d’inconduite sexuelle.

Dans l’arrière-cour des Francs-tireurs­­­ ont comparu Mesdames Patricia Tulasne et Sophie Moreau. Elles n’étaient pas accompagnées par les procureurs de Kugler Kandestin et Trudel, Johnson & Lespérance, les deux cabinets ayant intenté un recours collectif au nom du groupe « Les courageuses ». Étonnamment, les plaignantes étaient plutôt flanquées de Me Sophie Gagnon, directrice générale de Juripop.

À la suite de l’émission, des milliers de spectateurs de plus sont désormais convaincus que Rozon a commis d’innombrables délits, même si le Directeur des poursuites criminelles et pénales a laissé tomber 13 des 14 dossiers d’inconduite sexuelle visant l’ancien PDG de Juste pour rire, dont ceux des deux femmes témoignant aux Francs-tireurs.

SE FAIRE JUSTICE SOI-MÊME

L’instance menée par Benoît Dutrizac s’est déroulée sans la présence de l’accusé qui n’avait sûrement pas été informé de sa tenue. Aujourd’hui, on peut aisément se faire justice soi-même en recourant aux réseaux sociaux ou en convainquant des médias de prendre son parti.

C’est assez paradoxal d’entendre aux Francs-tireurs Mesdames Tuslane et Moreau affirmer que « ça leur a fait mal de s’adresser aux médias » après avoir porté plainte à la police. Pourquoi après avoir fait instruire un recours collectif, recourent-elles encore aux médias en participant à cette émission de télé ?

Certains de leurs propos ne sont pas sans étonner. Sophie Moreau, pour une, affirme que la procureure du DPCP (donc une femme) « leur a menti sciemment afin de créer de la zizanie dans leur groupe ». C’est une grave accusation. Restera-t-elle sans suite ? Quant à Me Gagnon, elle a déclaré « qu’il y a beaucoup de préjugés contre les femmes chez les policiers et les procureurs du DPCP ». Une autre accusation conséquente. De son côté, Patricia Tulasne nous apprend que 633 000 agresseurs sont en liberté, mais ne précise pas où. Sévissent-ils tous au Québec ?

VIVEMENT UN TRIBUNAL SPÉCIALISÉ !

Les trois femmes et l’animateur affirment­­­ deux fois plutôt qu’une que notre système judiciaire ne fonctionne pas lorsqu’il s’agit d’agressions sexuelles. C’est une évidence que de moins en moins de personnes contestent. Pour une raison que j’ignore ou parce que l’émission a été enregistrée il y a plusieurs semaines, ni Dutrizac ni ses invitées ne font allusion à l’éventuelle création d’un tribunal spécialisé dans les crimes sexuels. C’est un projet que la ministre Sonia Lebel et les députées Hélène David, Véronique Hivon et Christine Labrie ont mis en marche le 14 janvier dernier.

Quoi qu’il arrive de leur important projet, souhaitons que le gouvernement le mène à bien dans les meilleurs délais. Souhaitons aussi qu’il n’ignore pas la présomption d’innocence confirmée par la charte canadienne des droits et liberté et la déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU depuis 1948.

Souvent bafouée par les médias, complètement ignorée par les réseaux sociaux, la présomption d’innocence est notre seule garantie qu’on n’emprisonnera pas d’innocents et qu’on n’acculera personne au déshonneur sur des allégations.

Coupables et victimes ont tout à perdre dans les procédures interminables, les procès médiatiques et les dérives des réseaux sociaux.