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François Legault n’avait pas les bons chiffres

François Legault
Photo Agence QMI, Simon Clark François Legault

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Débusquer les fausses nouvelles, vérifier les déclarations des politiciens, trouver les vrais chiffres : les recherchistes de notre Bureau d’enquête, basées à Montréal, Québec et Ottawa, se spécialisent dans l’art de rétablir les faits. Chaque samedi, elles vous présentent leurs trouvailles pour vous permettre d’y voir plus clair dans l’actualité de la semaine.


L’énoncé

Le premier ministre du Québec François Legault a affirmé, lors de la période de questions jeudi matin, que « les faits sont têtus. Quand on regarde les immigrants, les nouveaux arrivants, les cinq premières années, le taux de chômage est de 14 %, moi, je ne suis pas satisfait de ça. »

Il répondait au chef libéral Pierre Arcand, qui mentionnait que c’est son parti qui a implanté le système d’arrimage des besoins du marché du travail avec les profils professionnels des immigrants.

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Les faits

Si M. Legault voulait utiliser le taux de chômage pour dresser le bilan libéral en matière d’intégration des immigrants, il aurait dû prendre les chiffres les plus récents.

Au Québec, le taux de chômage des nouveaux arrivants depuis moins de cinq ans était bien de 14,1 % en 2017. Mais selon Statistique Canada, ce taux est descendu à 10,2 % l’an dernier.

Malheureusement pour M. Legault, « les faits têtus » lui donnent donc tort.

Le taux moyen de chômage de tous les immigrants au Québec est passé de 8,7 à 6,7 % de 2017 à 2018, et celui des personnes nées au Canada a diminué de 4,5 à 4 %.

Le leader libéral Sébastien Proulx a d’ailleurs sauté sur l’occasion pour faire remarquer à M. Legault qu’il s’était trompé.

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a toutefois défendu son premier ministre en affirmant que « le taux de chômage est de plus du double de [celui de] la population native au Québec », ce qui est exact.

 

Le chiffre de la semaine : 185

C’est le nombre de réfugiés qui ont pu arriver au Canada l’an dernier, selon la procédure exceptionnelle dont a bénéficié la Saoudienne Rahaf Mohammed al-Qunun il y a quelques semaines.

L’arrivée in extremis de la jeune femme fuyant l’oppression de sa famille avait fait grand bruit, notamment parce que la ministre fédérale des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, s’était rendue en personne à l’aéroport Pearson de Toronto pour l’accueillir.

Plusieurs se demandaient alors si celle-ci avait joui d’un traitement de faveur, considérant aussi que 64 000 demandeurs d’asile étaient déjà en attente de savoir s’ils pourront rester au Canada.

Si la Saoudienne de 18 ans a pu être reçue si vite au Canada, c’est que son dossier a été traité dans le cadre du Programme de protection d’urgence. Ce dernier prévoit qu’Ottawa peut offrir rapidement une résidence permanente à des personnes dont la vie ou la liberté sont menacées. Ces demandes ne peuvent toutefois provenir que de certains « organismes de recommandation » comme le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Le HCR a fait environ 5500 demandes de réinstallation urgente aux pays avec lesquels il a des partenariats, dont le Canada, en 2017. Ottawa avait alors accepté 175 demandes, selon le ministère de l’Immigration. De janvier à novembre derniers, ce nombre a atteint 185.

Réfugiés acceptés d’urgence au Canada

  • 2015 : 74
  • 2016 : 124
  • 2017 : 175
  • 2018 : 185

Source : Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada

— Émilie Bergeron