/opinion/columnists
Navigation

Le mythe du Québec inc.

Coup d'oeil sur cet article

C’est difficile de ne pas constater une faille générationnelle dans la manière qu’ont différents intervenants de s’exprimer quant aux périls qu’encourt SNC-Lavalin. 

D’une part, il y a différents analystes attachés à une certaine idée du Québec inc. qui insistent sur la nécessité de sauver ce fleuron si important de l’économie québécoise et ses milliers d’emplois. On se demande qui en veut tant à cette entreprise au Canada anglais. 

D’autre part, il y a aussi des gens qui pensent que SNC-Lavalin doit payer pour la turpitude de ses dirigeants et voir ses crimes exposés lors d’un procès. Les vingt dernières années, marquées par le scandale des commandites et la collusion dans la construction, ont réduit notre seuil de tolérance envers les pourris et fait grandir notre désir de transparence. Les Québécois s’attendent à ça, surtout pour les leurs. 

L’un dans l’autre, si SNC-Lavalin devait s’effondrer au terme d’un procès criminel, ce ne sera pas la faute de Justin Trudeau, de Jody Wilson-Raybould, de Bay Street ou de la presse canadienne-anglaise. Ce sera à cause de ses anciens dirigeants, qui étaient fiduciaires de son intérêt et de sa réputation. 

Trahison 

De toute façon, dans quelle mesure doit-on encore entretenir de la fierté envers une entreprise qui a construit des lieux de torture pour Khadafi et qui nous a volé des millions à l’occasion de la plus grande fraude de l’histoire du Canada, celle du CUSM ? Le titre de fleuron, ça se mérite et ce n’est certainement pas en renforçant l’image du Québec comme celle de la petite province corrompue qu’on le fait rayonner. 

Évidemment, ces fameux fleurons, comme Bombardier ou CGI, ont développé toute une expertise et fournissent des milliers d’emplois spécialisés et payants et, oui, on doit souhaiter les préserver. Ce serait peut-être le temps de revoir notre rapport à tout ce mythe du Québec inc., toutefois. 

Il s’agit d’un des principaux héritages de la Révolution tranquille. Celle-ci aurait permis l’émergence d’une classe d’affaires canadienne-française qui aurait pavé la voie à l’émancipation économique des Québécois et qui faciliterait éventuellement leur émancipation politique. Jacques Parizeau en parlait souvent. 

Or, ce qu’on constate, c’est que cette classe d’affaires à la tête de nos fleurons, elle s’est toujours opposée aux politiques visant à accroître l’autonomie du Québec. Farouchement hostile à l’indépendance, elle n’aime pas les législations linguistiques et voudrait que l’État s’occupe de moins d’affaires, tout en continuant bien sûr de lui octroyer de juteuses subventions et de rondelets contrats. 

Pas à la hauteur 

Évidemment, on peut servir le Québec et vouloir sa grandeur sans souhaiter le voir devenir un pays, mais il serait temps de se questionner à savoir si ce qu’on appelle Québec inc. se consacre vraiment à la recherche d’un autre intérêt que celui des gens qui le dirigent. 

À la fin, dans une logique qui vise le développement du Québec, certainement que l’on a besoin de grands employeurs d’ici qui sont à la pointe de leur domaine. Ça n’empêche pas de constater que leurs patrons ont souvent failli à se montrer à la hauteur de ce que nous attendions collectivement d’eux et, partant de là, se demander pourquoi on devrait continuer de leur donner des cadeaux.