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Un historien d’action

Denis Vaugeois, Stéphane Savard, Éditions Boréal
Photo courtoisie Denis Vaugeois, Stéphane Savard, Éditions Boréal

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Denis Vaugeois est un historien d’action, comme on dit « un homme d’action ». On dit aussi de lui qu’il est un « historien grand public ».

Qui ne l’a pas entendu, un jour ou l’autre, sur différentes tribunes, nous raconter avec verve et passion notre histoire nationale, en la vulgarisant au maximum, c’est-à-dire en la rendant vivante, intéressante, palpitante, humaine. Il a tour à tour été professeur d’histoire, haut fonctionnaire, éditeur (Boréal Express), ministre puis de nouveau éditeur (Septentrion), sans parler des nombreuses commissions auxquelles il a participé. Avec tous ces chapeaux, pas surprenant qu’il soit un bâtisseur du Québec contemporain, avec ses nombreux legs, comme le vaste réseau des bibliothèques publiques, ou la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre, entre autres.

Le professeur et historien Stéphane Savard a recueilli ses propos lors de sept entretiens dirigés, qui constituent autant de thèmes abordés et qui couvrent cette période intéressante de ses activités.

Rencontre déterminante

Passionné de généalogie – il m’a déjà parlé de la mienne –, Vaugeois raconte avec saveur son Trois-Rivières natal, où un câble séparait les piscines en deux parties, selon les sexes, où il était interdit de porter des shorts, même pour pratiquer des sports comme le tennis, où il était interdit de danser. Ça, c’était le Québec de la fin des années quarante, celui de Duplessis. Heureusement qu’il y avait les bibliothèques, pour découvrir d’autres univers moins étouffants, même si la censure sévissait encore.

Sa rencontre avec le professeur Maurice Séguin, à l’Université de Montréal, sera déterminante dans sa carrière d’historien et de politicien. Séguin était un professeur hors normes et les étudiants buvaient ses paroles. Pour Séguin, il était important que l’étudiant ou l’individu apprenne à agir par lui-même. « Vivre, c’est agir par soi. Ce qui est vrai pour l’individu l’est pour une collectivité, l’agir par soi collectif. [...] Je pense que Séguin nous a sortis d’une histoire ornière », précise Vaugeois. Pour Séguin, la nation se déclinait en trois facteurs indissociables : le politique, l’économique et le culturel. Ces trois facteurs, Vaugeois les fera siens, tout comme René Lévesque.

Le Boréal Express

En compagnie, entre autres, de Jacques Lacoursière, son ancien élève, il mijote un projet de publication pour « conscientiser la population, la seule façon de combattre la propagande, la manipulation ». Sa première publication comme éditeur, le Journal Le Boréal Express, au début des années soixante, porte la date de 1524 et parle des Premières Nations déjà sur place avant l’arrivée de Jacques Cartier. Le second numéro sera daté de 1543. « Ainsi, on pouvait faire le bilan des voyages de Jacques Cartier et de Roberval », dit-il. Seize dates seront ainsi retenues, de 1524 à 1760. Le journal terminera sa carrière en 1968 avec les dates de 1834, 1838, 1839 et 1841.

Lorsque Savard lui demande quel est le rôle de l’historien dans la société, Vaugeois répond : « Essayer de saisir, de retrouver, d’identifier ce qui nous a construits, ce qui a construit les Québécois. [...] L’identité, c’est la diversité. C’est ce qui est paradoxal : notre identité est fondée sur la diversité. »

On apprend qu’à deux reprises, avant son élection en 1976, il s’était fait proposer de se présenter pour le Parti libéral du Canada, « là où est le vrai pouvoir », dixit Chrétien. Originaires tous deux de Trois-Rivières, Vaugeois et Gérald Godin seront ensemble candidats du PQ. Mais Godin refuse de se présenter dans la région de Trois-Rivières. Il a une dent contre Bourassa qui l’a fait emprisonner pendant la crise d’Octobre 70. C’est dans le comté du premier ministre qu’il se présentera et il le battra. Douce revanche.

À LIRE AUSSI CETTE SEMAINE

Rue des Quatre-Vents, San Telmo

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Nicolas Goyer, Éditions Boréal

 

Un essai qui court dans tous les sens, au sud du Rio Bravo, mais surtout en Argentine et en Uruguay. Le sujet: la littérature latino-américaine qui « révèle le tissu sensible de l’Amérique du Sud », surtout celle du Rio de la Plata, marquée par les dictatures féroces et l’exil, et ses auteurs porte-étendard, Cortazar, Walsh, Puig, Gelman, Saer, Benedetti, Liscano, loin du réalisme magique de Garcia Marquez et d’Alejo Carpentier. Un choix qui se défend, l’auteur ne pouvant tous les embrasser. Dommage que l’écrivain Haroldo Conti, le Jacques Ferron argentin, n’y figure pas, lui qui est tombé aux mains de la dictature et dont on n’a jamais retrouvé le corps.

Ainsi parlent les Français

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Julie Barlow et Jean-Benoît Nadeau, Éd. Robert Laffont

 

La France a toujours été pour moi un pays attirant et mystérieux. En fait, il y a dans cette vieille France cinquante pays en un. Et chaque touriste a sa petite histoire à raconter à propos de la façon de s’exprimer des Français ou de nous comprendre, nous touristes québécois. L’expérience du clochard, fin causeur, dans le métro parisien qui manie habilement le plus-que-parfait du subjonctif et qui s’exprime mieux qu’un premier ministre québécois est assez révélatrice des mystères des Français. Aussi la lecture de ce joyeux ouvrage est tout à fait recommandée, que vous songiez ou pas à voyager prochainement en France.

Guy Rocher/Voir-juger-agir, tome 1 (1924-1963)

Pierre Duchesne, Éd. Québec Amérique
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Pierre Duchesne, Éd. Québec Amérique

 

Pierre Duchesne aime les défis. Cet ancien ministre péquiste s’est déjà penché sur la personnalité de Jacques Parizeau en trois volumes. Voilà qu’il s’attaque à un autre monument national, Guy Rocher, un des artisans de la Révolution tranquille et l’architecte du ministère de l’Éducation, contemporain de Fernand Dumont, Camille Laurin, Léon Dion et Gérard Bergeron. Diplômé de Harvard, Dumont sera parmi les premiers professeurs laïcs à donner un cours de sociologie à l’Université Laval. À cette époque, les professeurs devaient « s’engager à n’adhérer ni au marxisme ni au transformisme de Lamarck ».

La joie discrète d’Alan Turing

Jacques Marchand, Éd. Québec Amérique
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Jacques Marchand, Éd. Québec Amérique

 

Alan Turing a mené une vie discrète qu’on peine à découvrir aujourd’hui. Pourtant, on lui doit beaucoup. Il a conçu une machine à calculer universelle qui servira, en 1948, soit douze ans plus tard, d’assises théoriques pour la construction des premiers ordinateurs. Puis, en 1950, il écrira « les tout premiers textes sur l’intelligence artificielle ». Jacques Marchand tente de percer le mystère de « ce mathématicien audacieux qui a également réussi, pendant la Seconde Guerre mondiale, à décrypter les communications des Allemands ». Fascinant.