/news/currentevents
Navigation

Les déneigeurs de toiture croulent sous les appels

D’autres structures se sont effondrées sous le poids de la neige hier

FD-EFFONDREMENT-TOIT-BELLEFEUILLE
Photo Agence QMI, Pascal Girard La toiture d’un immeuble de deux étages s’est effondrée à Saint-Jérôme samedi soir. Une dizaine de locataires ont été évacués et les sept logements sont inhabitables.

Coup d'oeil sur cet article

Les déneigeurs de toiture sont débordés depuis quelques jours. Les nombreux effondrements causés par le poids de la neige semblent inquiéter les propriétaires, qui sont jusqu’à 20 fois plus nombreux à appeler pour prendre rendez-vous qu’à l’habitude.

« La dernière fois que j’ai été aussi occupé, c’était au temps du verglas [de 1998]. On a entre 50 et 100 appels depuis les derniers jours, du rarement vu. D’habitude, c’est cinq, en moyenne », témoigne Simon Brunelle, propriétaire de l’entreprise Toitures Élastomères, qui couvre la grande région de Montréal et ses environs.

Simon Brunelle (à droite), propriétaire de l’entreprise Toitures Élastomères, en compagnie d’Alan Guimond. Ils dégagent le toit d’un immeuble du Plateau-Mont-Royal dont la propriétaire était inquiète à cause des récents affaissements de structures. 
Photo Antoine Lacroix
Simon Brunelle (à droite), propriétaire de l’entreprise Toitures Élastomères, en compagnie d’Alan Guimond. Ils dégagent le toit d’un immeuble du Plateau-Mont-Royal dont la propriétaire était inquiète à cause des récents affaissements de structures. 

Plusieurs structures, dont celles de commerces, se sont affaissées à cause de la lourde charge de la neige qui s’est accumulée au cours des dernières semaines.

Les cas les plus récemment médiatisés sont ceux de Saint-Jérôme, où le toit d’un immeuble semi-résidentiel s’est effondré samedi soir, et de Saint-Lin–Laurentides, dans Lanaudière, quand la toiture d’un bâtiment abritant une entreprise d’excavation s’est affaissée.

« On ne veut pas prendre de chance. C’est quand même inquiétant ce que l’on voit, donc on préfère prévenir, plutôt qu’il se produise quelque chose », a affirmé une propriétaire d’immeuble du Plateau-Mont-Royal, à Montréal, qui faisait déneiger sa toiture.

Période achalandée

Le Journal a contacté plusieurs déneigeurs de Montréal et tous ont indiqué qu’il s’agissait d’une période fort achalandée, si bien que plusieurs n’avaient même pas le temps d’accorder d’entrevue.

« Depuis environ une semaine, le téléphone n’arrête pas de sonner. J’ai rarement vu ça et je suis en affaires depuis 10 ans, raconte Jean-François Laurent, propriétaire d’une entreprise de toiture qui porte son nom. Je n’ai aucune disponibilité jusqu’à vendredi, tout est booké. »

Hors-norme

Même phénomène à Québec, où les entrepreneurs joints ont confié qu’ils croulaient sous les appels.

« C’est hors-norme, confirme le propriétaire de Déneigement Les Pelleteurs, Charles Poulin. La demande est au moins cinq fois plus importante qu’un hiver normal. »

Du côté du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), on invite la population à ne pas hésiter à contacter les services d’urgence s’il y a des craintes.

Des craquements inhabituels, des portes qui ne peuvent plus fermer ou des fissures au plafond sont des signes à surveiller.

– Avec Arnaud Koenig-Soutiere, Le Journal de Québec

Ah comme la neige a neigé

Région Jusqu’ici cet hiver Moyenne annuelle
Gaspésie 3,98 m 3,72 m
Québec 2,94 m 3,03 m
Bas-St-Laurent 2,65 m 3,24 m
Côte-Nord 2,64 m 3,85 m
Outaouais 2,56 m 2,23 m
Montréal 1,81 m 2,10 m

 

Négligence criminelle pour un toit non dégagé ?

Un propriétaire d’immeuble ou de commerce pourrait être accusé de négligence criminelle si des blessures graves ou un décès survenaient après l’affaissement d’un toit, mais ça demeurerait très difficile à prouver, estime un criminaliste.

« La négligence criminelle, c’est pas une petite affaire. Il faut prouver hors de tout doute qu’un propriétaire a agi de manière déraisonnable. Par exemple, s’il y avait des signes précurseurs et qu’ils ont été complètement ignorés, peut-être [qu’il pourrait y avoir des accusations]. Tout dépend du contexte », explique Me Michael Morena.

L’avocat criminaliste reconnaît que ce serait « possible, au sens de la loi, mais très difficile à prouver ».

Preuves suffisantes

Il rappelle qu’un procureur de la Couronne va déposer des accusations seulement s’il est moralement convaincu de remporter la cause, ce qui nécessite des preuves suffisantes.

« La question qui se poserait devant le tribunal serait : “Qu’est-ce qu’une personne raisonnable aurait fait ?” Moi, je n’ai jamais fait déneiger mon toit, suis-je une personne déraisonnable pour ça ? C’est une grosse question », illustre Me Morena.

Selon lui, même s’il n’est pas spécialiste de la question, il s’agirait davantage d’un « cas de responsabilité civile, où le fardeau de preuve est moins élevé ».