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Une histoire d’amour qui dure depuis 45 ans

André Franche et Céline Tremblay nous racontent leur belle et longue histoire d’amour qui a commencé en Colombie dans les années 1970 alors qu’ils étaient coopérants.
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin André Franche et Céline Tremblay nous racontent leur belle et longue histoire d’amour qui a commencé en Colombie dans les années 1970 alors qu’ils étaient coopérants.

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En partant en Amérique du Sud au tournant des années 1970 pour devenir coopérants, André Franche et Céline Tremblay étaient loin de se douter qu’ils trouveraient l’amour.

Guidés par leurs valeurs humanistes, ils ont vécu en Colombie pendant une dizaine d’années, où ils ont eu trois de leurs quatre enfants, avant de revenir au Québec, mais sans jamais abandonner les causes qui leur tenaient à cœur.

À voir les sourires que s’échangent ces deux infatigables voyageurs respectivement âgés de 76 et 72 ans, on constate que le couple de Montréal a conservé sa belle complicité même après 45 ans de mariage.

« Réussir à vivre longtemps en couple, c’est comme faire un gâteau : s’il manque un ingrédient, ça ne lève pas ! Ça demande du respect, de la tolérance et des efforts pour rendre l’autre heureux », confie sans détour l’infirmière à la retraite Céline Tremblay qui partage sa vie depuis septembre 1973 avec le coopérant André Franche.

L’appel de l’aventure

Originaire des Laurentides, André Franche participait à l’époque à la construction d’écoles techniques au Pérou et à l’édification d’un séminaire en Colombie pour le compte des Missionnaires des Saints-Apôtres. Son horaire était partagé entre ces deux pays. « La meilleure façon d’aider le monde à l’étranger était de faire ses études au séminaire et de devenir missionnaire. Je suis arrivé à Lima au Pérou en 1964, mais je me suis rendu compte que je n’étais pas fait pour être prêtre. Ce qui m’intéressait, c’était l’action ! »

En novembre 1970, le consul canadien à Bogota a demandé à André, alors âgé de 27 ans, d’aller chercher à l’aéroport un groupe d’infirmières canadiennes devant participer à la modernisation des hôpitaux colombiens. Parmi ce groupe figurait Céline Tremblay.

Pour la jeune infirmière de 23 ans née à Chicoutimi, cette première expérience de coopération internationale répondait à un besoin d’altruisme, mais aussi à l’appel de l’aventure. « Je ne m’imaginais pas rester au Saguenay où ma vie semblait tracée d’avance. Je voulais découvrir le monde ! »

Coup de foudre

En descendant de l’avion, Céline a eu le coup de foudre pour André. « Quand j’ai vu ce beau Tarzan avec ses cheveux blonds et ses yeux bleus, je me suis dit : c’est le mien. » Quant à André, tout concentré à remplir sa mission, il n’avait pas remarqué celle qui le dévorait du regard. Du moins, pas encore...

Le lendemain, le consul organisait chez lui une réception pour accueillir les coopérants. Le diplomate a profité de l’occasion pour souligner l’anniversaire d’André. Au milieu des applaudissements, Céline est passée à l’offensive. En lui donnant un câlin, elle a cherché à lui déposer un ­baiser sur le coin de la bouche, mais André a détourné la tête, visiblement mal à l’aise. Ce n’était pas par manque d’intérêt, sinon par excès de timidité. « Je ne savais pas encore à qui j’avais affaire », commente Céline qui rit encore de sa déconfiture.

Quelques jours plus tard, Céline s’est rendue à Popayan, dans le sud de la Colombie, afin de devenir chef de département dans un hôpital ­universitaire. Même si 600 kilomètres les séparaient, André songeait souvent à cette belle fille du Saguenay qui l’avait déstabilisé. « J’avais vite réalisé qu’on partageait les mêmes valeurs et qu’elle aspirait à vivre en Amérique du Sud, tout comme moi. »

À l’époque, la Colombie était un pays relativement sécuritaire. Et pour mener à bien les œuvres des missionnaires, André faisait régulièrement le trajet Bogota-Lima en 4X4. Le hasard fait bien les choses : la route passait par Popayan. C’était l’occasion pour le jeune coopérant de saluer Céline. « La plupart du temps, j’étais à l’extérieur quand il venait me visiter, mais je voyais qu’il tenait à moi parce qu’il me laissait de longues lettres où il me révélait son intérêt. André parlait peu, mais écrivait beaucoup ! »

Fonder une famille

Deux ans plus tard, le contrat de Céline est venu à échéance. Sans ressources, elle se résignait à retourner vivre auprès de sa mère. Le temps pressait pour André s’il voulait la retenir. Au printemps 1973, il a pris son courage à deux mains et au cours d’un souper romantique, il lui a parlé de faire vie commune. « Il m’a demandé si je pensais qu’il pouvait me rendre heureuse. J’ai répondu oui. »

Le couple lors de son mariage le 29 septembre 1973.
Photo courtoisie
Le couple lors de son mariage le 29 septembre 1973.

André et Céline se sont mariés le 29 septembre de la même année à Chicoutimi. Et après leur voyage de noces, ils se sont installés à Bogota. L’infirmière s’est trouvé du travail à San Juan de Dios, un hôpital pour les démunis qui recevait jusqu’à 120 accouchements par jour.

Dans les années qui ont suivi, le couple a eu Marc-André, Martin et Louise en Colombie. Seul le cadet Michel est né au Québec lors d’un voyage. Les deux coopérants, qui ont appris à parler couramment l’espagnol, étaient satisfaits de leur vie à l’étranger.

« Nous n’avons jamais éprouvé de choc culturel. Les Colombiens partagent plusieurs valeurs avec les Québécois. Nous avions aussi notre cercle d’amis, se souvient André. On aurait fait notre vie là-bas. »

C’était sans compter la flambée de violence qui a secoué le pays à ­partir de la seconde moitié des années 1970.

Alors que l’argent de la drogue s’infiltrait dans toutes les sphères de la société, différents groupes terroristes pratiquaient la guérilla urbaine. «

Les enlèvements contre rançon étaient monnaie courante. On connaît plusieurs amis dont un proche a disparu. Avec des soldats à chaque coin de rue, Bogota ressemblait à une ville assiégée, décrit André. Ça devenait trop dangereux pour les enfants. »

 

Retour au Québec

 

À regret, la famille Franche-Tremblay est rentrée au Québec en juillet 1981. Les deux amoureux ont vécu leur retour différemment. Si André a continué à voyager en Amérique du Sud, cette fois-ci comme directeur général de la Fondation du Père-Ménard, Céline a arrêté de travailler pour s’occuper des enfants. « À l’époque, on vivait dans l’Ouest de Montréal, dans un milieu anglophone. J’avais l’impression d’être une immigrante dans mon propre pays. Ce fut difficile pour moi. »

Dévouement

Deux ans plus tard, l’infirmière s’est trouvé un emploi à temps ­partiel et a effectué une spécialisation en ­gérontologie et en soins palliatifs. Ses obligations familiales et professionnelles ne l’ont pas empêchée de s’impliquer au sein de la Fédération interprofessionnelle de la santé en plus d’accompagner différents groupes au Guatemala, en Haïti et à Cuba pour des séjours visant à tisser des liens entre les syndicats de ces pays, et ce, jusqu’à sa retraite en 2006.

Les voici lors d’une visite en 2012 d’un village au Pérou où les Ailes de l’Espérance ont rendu possible un projet d’eau potable.
Photo courtoisie
Les voici lors d’une visite en 2012 d’un village au Pérou où les Ailes de l’Espérance ont rendu possible un projet d’eau potable.

Quant à André, il est depuis l’an 2000 président des Ailes de l’Espérance, un organisme qui réalise des projets d’eau potable dans les zones les plus reculées du Pérou. Céline a participé à plusieurs voyages humanitaires avec son mari. Et même si quelques ennuis de santé l’ont obligée à ralentir la cadence, elle ne se fait pas prier pour donner un coup de main à l’organisme. « L’accès à l’eau potable est la meilleure façon de sortir les gens de la pauvreté », rappellent ceux qui sont grands-parents de trois enfants.

L’amour

Presque 50 ans après leur rencontre, l’amour qui les unit est toujours empreint d’un infini respect mêlé de pointes de taquineries. « Même s’il est parfois grognon, il veut toujours me rendre heureuse », souligne Céline.

« On a eu nos problèmes, mais avec le recul, on est contents d’avoir surmonté ces épreuves. Les enfants sont heureux de nous voir ensemble et on est comblés de la belle harmonie qui règne dans la famille, conclut André avec un large sourire. Ça a valu la peine qu’on pille sur notre orgueil pour vivre plusieurs Saint-Valentins ensemble. »