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L’Église déboulonnée

priest with the white cassock during the religious celebration
ChiccoDodiFC - stock.adobe.com Plus on monte dans la hiérarchie, plus on trouve d’homosexuels, selon l’auteur de Sodoma.

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Le magazine Le Point de Paris fait la manchette cette semaine en publiant des extraits du livre Sodoma, à paraître jeudi prochain à travers le monde en huit langues.

L’auteur Frédéric Martel, journaliste, sociologue et lui-même gai, a déjà publié des ouvrages sur l’homosexualité. Pour cet ouvrage, Sodoma, il a travaillé durant quatre ans et voyagé dans 30 pays. Son enquête raconte en détail comment le Vatican est devenu un bastion gai où se retrouvent des évêques et des prélats qui, gais eux-mêmes, mènent la croisade de l’Église contre l’homosexualité. Et c’est parmi eux que l’on trouve les défenseurs les plus virulents du célibat des prêtres, de l’interdiction de la pilule, du refus de l’Église de l’usage du condom alors que le sida a fait les ravages que l’on connaît à travers la planète et particulièrement en Afrique, continent de millions de catholiques.

Frédéric Martel a rencontré plus de 1500 ecclésiastiques dont 41 cardinaux et 52 évêques qui tous l’ont reçu et lui ont fait des confidences. Selon l’auteur, l’homosexualité explique en partie les positions de l’Église en matière de sexualité.

Misogynie

Ces hommes vivent hors de la présence des femmes. « On ne comprend pas la plupart des faits qui ont entaché l’histoire du Saint-Siège depuis des décennies, écrit-il, si l’on méconnaît sa dimension largement homosexuelle. » Il parle de la misogynie récurrente et souvent insondable de ces évêques.

L’auteur suggère même que ce sont des ecclésiastiques gais haut placés qui mènent la fronde actuelle contre le pape François. C’est celui-ci qui dénonce la pédophilie dans l’Église et a même défroqué il y a quelques jours un cardinal américain. La dimension gaie n’explique pas tout, mais elle est une clé de la lecture décisive pour qui veut comprendre le Vatican et ses postures morales, écrit Martel.

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Dans Le Point, le sociologue assure que tous les séminaristes et prêtres gais interrogés lui ont confirmé que l’Église est un refuge pour un homosexuel, même si son discours est homophobe. En fait, la culture du secret qui marque l’institution a un vrai pouvoir d’attraction sur les prêtres gais. L’auteur affirme même que plus on monte dans la hiérarchie, plus on trouve d’homosexuels, car ils ont tendance à se coopter parce qu’ils se méfient des hétérosexuels.

Immoralité

On est sidéré lorsque l’auteur décrit le pontificat de Jean-Paul II, qui avait dans son entourage rapproché plusieurs cardinaux à la fois homosexuels et corrompus. Les extraits publiés dans Le Point sont une plongée dans un monde où la luxure, l’hypocrisie, l’immoralité, le cynisme, l’obsession du pouvoir, la haine de soi, la courtisanerie sont des péchés non seulement mortels, mais impardonnables.

Comment l’Église va-t-elle réagir devant pareilles révélations qui entachent son existence même ? Les faits sordides qui sont décrits heurteront à mort les croyants sincères. Ce Sodoma au titre de plomb n’épargne pas le pouvoir ecclésial. Nombre de papes des dernières décennies, enfermés dans leur silence, sont mis en cause.

L’Église catholique, cette organisation encore et toujours misogyne, incapable à ce jour de se réformer, survivra-t-elle à cette bombe nucléaire ?