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Une escouade mobilité avec bien peu de mordant

Les inspecteurs doivent attendre un policier pour sévir contre ceux qui bloquent les rues

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Les entrepreneurs, livreurs et citoyens qui bloquent illégalement la circulation à Montréal ont peu de chances de se faire taper sur les doigts. L’escouade mobilité de Valérie Plante donne des constats d’infraction dans moins d’une intervention sur 10, selon les données obtenues par notre Bureau d’enquête.

L’escouade mobilité a été mise sur pied en juin. Elle vise à désengorger les rues dans les arrondissements de Ville-Marie, Le-Plateau-Mont-Royal et le Sud-Ouest en faisant déplacer les automobilistes stationnés dans une voie de circulation ou encore les entrepreneurs en construction qui bloquent le trafic sans autorisation.

Sur près de 3900 interventions faites entre ses débuts et janvier, l’escouade n’a décerné que 290 constats d’infraction, soit dans 7 % des cas, révèle la base de données obtenue en vertu d’une demande d’accès à l’information.

De plus, aucune contravention n’a été remise à certaines adresses revenant plusieurs fois ou des endroits marqués comme étant des « entraves récurrentes ».

Ces données soulèvent des questions sur l’étendue des pouvoirs de l’escouade.

« On ne peut malheureusement pas donner les constats sur place, souligne Paolo Galleguillos, un des six inspecteurs de l’escouade. Des fois la police va intervenir quand on a besoin de plus de poigne. »

Paolo Galleguillos, un des six inspecteurs de l’escouade mobilité, demande à un livreur de dégager la voie sur le boulevard Saint-Laurent.
Photo Dominique Cambron-Goulet
Paolo Galleguillos, un des six inspecteurs de l’escouade mobilité, demande à un livreur de dégager la voie sur le boulevard Saint-Laurent.

Attendre un policier

Les interventions les plus fréquentes sont liées à du stationnement illégal ou une obstruction de la voie publique. Et dans ces cas, seuls les agents de stationnement du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ou les policiers peuvent sévir.

L’inspecteur municipal doit donc appeler le SPVM si le citoyen refuse de se déplacer.

« Ils ont un bon temps de réponse, mais ce n’est pas toujours une urgence pour eux. Pour une livraison, par exemple, je veux bien appeler la police, mais [le livreur] après 15-30 minutes, il n’est plus là », illustre M. Galleguillos.

Il est cependant difficile pour la Ville d’assurer la fiabilité des données concernant les constats d’infractions donnés par les employés de l’escouade mobilité.

En effet, la base de données qu’ils doivent remplir ne contient aucun champ spécifique pour les constats. Les inspecteurs doivent donc ajouter cette information dans une note, ce qui pourrait fausser les statistiques.

Plus de pouvoirs

Selon nos informations, l’administration Plante envisage de donner aux inspecteurs de l’escouade le pouvoir de donner des contraventions.

« Mon patron regarde avec le SPVM pour nous donner la possibilité de donner des constats », assure M. Galleguillos.

Il a été impossible de savoir comment l’escouade pourrait acquérir ce pouvoir. Par exemple, si celle-ci serait intégrée à l’Agence de mobilité durable, qui doit reprendre du SPVM la gestion des billets de stationnement.

La porte-parole de l’administration Plante, Laurence Houde-Roy, a indiqué au Journal que la Ville était « en réflexion » quant aux améliorations à apporter.

L’escouade en bref

Elle existe depuis le 1er juin 2018

  • 6 inspecteurs
  • 3881 interventions en date du 17 janvier
  • 288 constats émis en date du 17 janvier

Conducteurs collaborateurs

Le Journal a pu aller à la chasse aux entraves avec l’escouade mobilité. Si des constats ne sont pas toujours décernés, l’effet des inspecteurs se fait sentir.

L’inspecteur Paolo Galleguillos souligne que « 90 % du temps », lorsqu’il demande à quelqu’un de dégager la voie publique, il coopère sur-le-champ. Un tour d’une heure en sa compagnie nous a d’ailleurs permis de le constater.

Sur cinq interventions, un livreur et un citoyen stationné en double ont un peu argumenté avant d’aller se ranger dans un endroit sécuritaire.

« Les livreurs veulent toujours être en face de la porte, même s’il y a souvent de la place à quelques mètres », illustre M. Galleguillos.

C’est parce que la majorité de ses interventions sont fructueuses que l’inspecteur préfère avoir une approche moins coercitive.

« Je ne suis pas juste là pour donner des tickets, soutient M. Galleguillos. Si ça me prend 10 minutes rédiger un constat, pendant ce temps, je ne fais pas le tour du secteur. »

1er avertissement

« Si j’ai une première intervention à faire, je demande de corriger, explique-t-il à propos des chantiers de construction privés. Si j’arrive le jour suivant et que c’est la même affaire, là je donne une contravention. Moi, c’est comme ça que je fonctionne. Si le lendemain, l’entrepreneur n’a pas encore compris, c’est un nouveau constat. »

Il raconte avoir déjà décerné cinq contraventions en une semaine à un même entrepreneur.

Cependant, il observe que les entrepreneurs sont de plus en plus collaboratifs depuis la mise en place de l’escouade, il y a sept mois.

C’est que parfois, signifier sa présence suffit.

Deux camions de Bell, un qui obstruait le trottoir et l’autre qui nuisait à un chantier ont rapidement déguerpi avant même que M. Galleguillos n’ait eu le temps de s’adresser aux chauffeurs.

Chantiers problématiques
 
Cet exercice a aussi permis de trouver quelques chantiers privés problématiques. La construction de condos sur de Bleury, au sud de Sherbrooke a causé beaucoup de maux de têtes aux inspecteurs.
 
«Aucun constat émis; Fait déplacer le 6 roues encore pour chantier côté jardin; Gros problème avec ce chantier», note d’ailleurs un inspecteur.
 
Un autre chantier pour construction de condos, rue Saint-Denis dans le Plateau, a occasionné une dizaine d’interventions et a été démantelé deux fois parce qu’il ne respectait pas son permis.
 
Une troisième construction au coin des rues Ann et Wellington, a dû être démobilisée (démontée) trois fois.
 

À l’aide de la base de données, nous avons géolocalisé les interventions de l’escouade mobilité entre le 4 juin 2018 et le 17 janvier 2019. Une centaine d’entre elles ont toutefois dû être retirées, car l’adresse entrée ne permettait pas de placer l’intervention avec précision.