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Le supercanon de Gerald Bull de retour dans l’actualité

Normand Lester inspectant en 1991 un canon géant abandonné au centre de recherche de Bull, à Highwater, en Estrie.
Photo Pauline André Normand Lester inspectant en 1991 un canon géant abandonné au centre de recherche de Bull, à Highwater, en Estrie.

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Gerald Bull a été tué en 1990 avant de pouvoir faire l’essai en Irak du plus gros canon de l’histoire que les médias ont appelé le «Canon de l’apocalypse» conçu ici au Québec. Les énigmes entourant le personnage sont le sujet de ma série de balados qui commence mercredi sur QUB radio.  

Près de 30 ans après son assassinat à Bruxelles, les idées de Gerald Bull, l’homme du supercanon, le génie canadien de la balistique sont de nouveau dans l’actualité. On croyait l’idée de supercanon complètement dépassée par la technologie des missiles jusqu’à ce que, l’automne dernier, le Pentagone annonce qu’il relançait en accéléré le développement de canons géants. Un concept abandonné depuis des décennies sur lequel le Québécois Gerald Bull avait planché dans les années 70 pour les Américains.         

Mais pourquoi ce regain d’intérêt aujourd’hui? On a eu la solution à l’énigme fin janvier lorsque le Secretary of the Army des États-Unis, Mark Esper, a révélé que le Pentagone voulait pouvoir atteindre n’importe quelle cible en mer de Chine méridionale à partir du territoire d’alliés des États-Unis dans la région. Les stratèges américains estiment que des canons géants sur base fixe avec plus de 1000 kilomètres de portée sont la façon la plus pratique et économique de contester la prédominance de la Chine dans la région avec ses bases militaires sur plusieurs îles à souveraineté contestée. Pas besoin de maintenir en opération une force navale extrêmement onéreuse et vulnérable de porte-avions avec navires-escortes.       

  

Gerald Bull
Capture d'écran TVA Nouvelles
Gerald Bull

  

Je raconte dans ma nouvelle série de balados ce qu’il est convenu d’appeler l’Affaire Gerald Bull. Une ténébreuse histoire qui implique les services secrets d'une demi-douzaine de pays, des recherches militaires secrètes, des activités clandestines liées au transfert de technologie et au trafic d’armes. Bien des questions entourant l’homme demeurent encore aujourd’hui sans réponses. Je tente dans ces balados de démêler, dans la mesure du possible, la vérité du vraisemblable et du probable, et aussi, du carrément faux.          

Trafiquant d'armes et de technologie militaire, Gerald Bull était aussi un génie visionnaire incompris dont la vie a été marquée par une série de revers. Presque chaque fois qu'il croyait toucher au but, des fonctionnaires, des politiciens ont supprimé des projets auxquels il consacrait son immense talent et son énergie. Ce n'est pas pour rien qu'il vouait une haine féroce aux «bureaucrates» qui lui avaient si souvent mis des bâtons dans les roues.          

Gerald Vincent Bull repose en paix dans le cimetière de Saint-Bruno près de Montréal où il a vécu. Tous ses anciens collaborateurs à Valcartier, à McGill, à Highwater, à Bruxelles parlent de lui comme un homme chaleureux et généreux, un scientifique exceptionnel tant pour l'ingéniosité de ses inventions que pour ses qualités humaines.          

Les médias le présentaient à l’époque comme le «Docteur Folamour» canadien. Gerald Bull était en fait le contraire de l'image que donnait de lui la presse après sa condamnation en 1980 pour trafic d'armes au profit de l’Afrique du Sud, effectué, il faut le dire, à la demande de la CIA. C’est le FBI qui l’avait inculpé. Séquelle du Watergate, les deux organisations étaient alors à couteaux tirés. Gerald Bull n'a jamais pardonné aux États-Unis et au Canada d'avoir fait de lui le bouc émissaire de cette affaire autorisée au plus haut niveau.          

C’est ici au Québec, à Highwater, en Estrie, que Gerald Bull a conçu et développé son projet de supercanon. Il a vendu l’idée à Saddam Hussein et ce sont des ingénieurs et techniciens venus de Montréal, qui ont commencé en Irak la mise en place du prototype. Les États-Unis et leurs alliés, dont le Canada, l’ont laissé faire et l’ont même aidé. L’Occident, dans les années 80, soutenait le dictateur de Bagdad dans la guerre qu’il avait initiée contre l’Iran.          

Ironie de l’histoire, les Américains ne seront pas les premiers à opérer des supercanons en mer de Chine. Il y a une vingtaine d’années, le Quotidien de l’Armée populaire de libération a publié un article de première page affirmant que ses canons à longue portée pouvaient atteindre Taïwan à partir des côtes chinoises. Son concept de supercanon, Bull l’avait déjà vendu aux Chinois dans les années 80!