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L’utopie révolutionnaire

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L’impassibilité des Gilets jaunes face à la violence, qui a émaillé les derniers samedis de manifestation, me rappelle le silence de certaines associations étudiantes lors du printemps érable. Enjointes de désapprouver publiquement la violence, ces associations préféraient demeurer coites comme le font aujourd’hui les éléments radicaux des Gilets jaunes qui considèrent la casse comme facteur de gains.

Dans une discussion avec quelques-uns, j’ai entendu leur rancœur pour Emmanuel Macron et surtout leur ras-le-bol du système. Ils se voient en pleine révolution et ils n’espèrent rien de moins que le renversement du gouvernement. Voitures de police incendiées ou caillassées, vitrines de commerces fracassées et envahissement des institutions de la République seraient les prémisses de cette révolution.

Révolte légitime

Mes observations sur le terrain ne permettent toutefois pas de croire à un soulèvement général. Au contraire, le mouvement semble se ratatiner et recueillir une moins grande ferveur des Français. Daniel Cohn-Bendit, leader de Mai 68, le voit même comme vecteur de haine et de violence contraire à l’esprit démocratique.

Pourtant, les revendications initiales rejoignaient une majorité de Français comme elles pourraient recueillir l’aval de multiples populations dans le monde. Justice fiscale, pouvoir d’achat décent, retraite bonifiée, sécurité d’emploi, fin à l’évasion fiscale sont, entre autres, des revendications sociales justifiables pour contrer les inégalités croissantes en France et ailleurs.

Changer le monde

Les enjeux de la fiscalité et la délocalisation des entreprises dépassent le territoire français et nécessitent une concertation mondiale, ce à quoi une simple lutte locale ne peut remédier. Le mouvement des Gilets jaunes commettrait une grave erreur en croyant qu’une stratégie fondée sur la violence puisse apporter un dénouement heureux aux revendications mises de l’avant. Généralement, la violence va de pair avec la répression et mène à l’impasse.

L’élection démocratique de femmes et d’hommes sensibles aux enjeux fiscaux dans l’ensemble des pays permettrait de croire qu’un autre monde est possible.