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Laïcité sans compromis

Bien que plusieurs s’inquiètent de l’obsession gouvernementale à vouloir remplir à tout prix des promesses électorales mal ficelées, le dossier de la laïcité en est un où l’État devrait faire preuve d’entêtement.

Laïcité sans compromis
Photo Agence QMI, Joel Lemay

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Bien que plusieurs s’inquiètent de l’obsession gouvernementale à vouloir remplir à tout prix des promesses électorales mal ficelées, le dossier de la laïcité en est un où l’État devrait faire preuve d’entêtement.

L’intransigeance des opposants à toute interdiction du port de signes religieux pour quel qu’employé que ce soit dans les services publics rend utopique l’espoir du premier ministre d’en arriver à un consensus social en cette matière. Le ministre Simon Jolin-Barrette n’a pas encore procédé aux dépôts de son projet de loi sur la laïcité que les opposants de diverses communautés se manifestent au point où certains élus municipaux en appellent quasi à la désobéissance civile. Pour d’autres, c’est la promesse de recours juridiques si le gouvernement entend poursuivre dans la voie qu’il a annoncée. 

Le gouvernement ne pourra pas plus compter sur une approche consensuelle de l’Assemblée nationale alors que les libéraux demeurent figés dans leurs positions traditionnelles, que les solidaires mènent un débat qui pourrait les rapprocher d’eux et que les péquistes veulent y mettre leur grain de sel avec une clause grand-père. Tout au plus, les caquistes pourront espérer l’appui de ces derniers dans le virage final sachant qu’ils avaient proposé un projet encore plus ambitieux dans leur passage éclair au pouvoir. C’est tout de même paradoxal de voir le PQ dans cette valse-hésitation après qu’il ait porté la Charte des valeurs jusqu’au-boutisme.

Les travaux de la professeure Claire Durand ont bien démontré que le résultat électoral a surtout été le fait d’un désir de changement et qu’il ne faudrait pas croire que l’électorat caquiste appuyait inconditionnellement toutes les promesses électorales mises de l’avant. Avec de tels constats et le faible pourcentage d’électeurs qui se sont présentés aux urnes, nous pouvons comprendre que le gouvernement veuille faire preuve de prudence. Toutefois, il doit être conscient que sondage après sondage une vaste majorité de citoyens appuie ses positions sur la laïcité et irait même plus loin au chapitre de l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique.

Il vaut la peine de rappeler que l’interdiction du port de signes religieux vise essentiellement les employés des organismes publics. Certains radicaux se comportent comme si le débat de la dernière décennie avait eu pour but de faire disparaître tous signes religieux de l’espace public. Il y a bien sûr le PLQ qui a fait adopté un projet de loi imposant que les services publics se donnent à visage découvert, mais son application demeurerait douteuse avec les contradictions qu’ils affichaient dans les explications.

Le gouvernement caquiste est fort de sa majorité en Chambre et d’un appui significatif de la population pour tracer la voie de la laïcité pour les employés des services publics. La retenue dans ses intentions ne servirait pas les intérêts du Québec alors qu’on piétine dans ce dossier depuis trop longtemps. Il y a fort à parier qu’il faudra plusieurs années avant qu’un gouvernement ne puisse revenir sur la question après l’adoption d’un projet de loi, d’où l’importance d’en couvrir plus large que moins pour continuer d’avoir du sens même après un charcutage juridique des cours canadiennes. 

Tant qu’à affronter la gronde de certaines factions, les caquistes devraient étendre l’interdiction à tout employé en service direct à la population et laisser au temps le temps de faire son œuvre. Plusieurs pays européens l’ont fait et ils ne sont pas à feu et à sang!