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Les entraves à la justice, talon d’Achille de Donald Trump

Le président américain, lors d’un rassemblement en Floride, lundi soir.
Photo AFP Le président américain, lors d’un rassemblement en Floride, lundi soir.

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Depuis son entrée en fonction, Donald Trump fait tout pour éviter que les zones d’ombre de son passé soient exposées au grand jour. Ces cachotteries et ces mensonges pourraient s’avérer aussi déterminants que les faits liés à la collusion avec les Russes pour mener à des accusations formelles.

Tout dépendra du rapport du procureur spécial Mueller, dont on s’attend à ce qu’il soit bientôt remis au nouvel Attorney General William Barr. C’est lui qui décidera quelles parties de ce rapport seront transmises au Congrès.

L’enquête de Mueller vise à déterminer s’il y a eu collusion entre Moscou et la campagne présidentielle de Donald Trump et si Donald Trump y a pris part.

Ce n’est pas tout. Mueller devra aussi établir si le président a entravé le cours normal de la justice depuis l’élection.

Vulnérable

Ce n’est pas une mince affaire. Rappelons que c’était d’abord les preuves d’entraves à la justice qui avaient forcé Richard Nixon à démissionner à la suite du scandale du Watergate. C’était aussi une forme d’entrave à la justice qui avait entraîné la mise en accusation (impeachment) de Bill Clinton en 1998.

Sur ce point, Donald Trump est très vulnérable, notamment en lien avec le congédiement de James Comey de la direction du FBI. Ce n’est pas le seul exemple. Sa présidence est parsemée de gestes qui l’exposent à de telles accusations.

Obstruction systématique

C’est ce que révélait le New York Times hier dans un reportage fouillé qui passe au peigne fin les comportements du président.

L’article relève entre autres les mensonges et les faussetés qu’il a propagés sur ses liens avec la Russie. La démission de l’ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn a aussi donné lieu à des gestes potentiellement incriminants. C’est aussi le cas des efforts du président pour reconstruire les faits entourant la rencontre du 9 juin 2016 à la Trump Tower entre l’état-major de sa campagne et une agente russe.

On pourrait aussi interpréter comme de l’obstruction la suite ininterrompue de déclarations visant à dénigrer l’enquête Mueller et ceux qui y ont pris part.

Au-delà de l’affaire russe

Les allégations d’entrave à la justice ne touchent pas que l’affaire russe. L’enquête Mueller a ouvert la porte à d’autres possibilités de poursuites contre le président, dont plusieurs ont été prises en charge par les procureurs fédéraux de New York.

Les autres enquêtes sur Donald Trump concernent notamment des allégations touchant sa compagnie, sa fondation, son comité inaugural et sa participation aux infractions commises autour des paiements à ses anciennes maîtresses.

Dans tous ces cas, certains agissements publics du président portent à croire qu’il y a eu volonté d’entraver la justice, mais ce sera le rôle des procureurs de lier tous ces éléments connus aux résultats à venir des enquêtes pour déterminer si des accusations criminelles sont justifiées.

Il est temps

Si les conclusions des enquêtes le justifient, Donald Trump devra-t-il comparaître devant les tribunaux ou faire face à une procédure de destitution au Congrès ?

Les avocats de Trump soutiennent qu’un président ne peut pas être poursuivi devant les tribunaux, mais il y a un précédent : la poursuite contre Bill Clinton dans l’affaire Paula Jones.

En fin de compte, ce sont les faits révélés par les enquêtes qui trancheront, mais on ne pourra pas faire abstraction des efforts systématiques de Donald Trump pour leur faire obstacle. Comme dans le cas de Nixon, ce seront peut-être les accusations d’entrave à la justice qui auront raison de Trump, même si celui-ci affirme qu’il serait insensé de destituer le meilleur président de l’histoire des États-Unis.