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Les démons incurables de l’Église

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Depuis trop longtemps, on ne compte plus les vies brisées par l’Église catholique. À travers le monde et les époques, les prêtres prédateurs sexuels ont fait tellement de victimes, y compris au Canada dans les pensionnats pour enfants autochtones, qu’on n’ose même plus en imaginer le nombre.

Le silence approbateur et complice des autorités ecclésiastiques jusqu’au Vatican est ce qui a rendu cette hécatombe possible. Une hécatombe encore et toujours contemporaine. C’est pourquoi le sommet actuel sur les abus sexuels tenu au Vatican soulève colère et scepticisme.

Limité en plus aux « mineurs », il ose même ajouter l’insulte d’ignorer toutes les femmes adultes abusées, dont on ne sait plus combien de religieuses. En cela, le Vatican – institution richissime, puissante, rétrograde, férocement misogyne et homophobe – continue à déshonorer la foi de ses fidèles.

Comment se fait-il qu’un tel état de fait soit encore toléré dans nos sociétés dites avancées ? Quelle autre institution, quelle autre religion majeure, quelle que soit sa nature, jouit d’une impunité aussi révoltante face à des actes abjects et répétés ?

Déshumanisées

Ceux qui, parmi ces présumés « hommes de Dieu », se sont livrés à de tels abus de pouvoir sur des enfants et des adultes vulnérables n’ont plus d’« hommes » que le nom. Leurs multiples victimes ont été violées, humiliées. Bref, déshumanisées.

Au cinéma, le film Grâce à Dieu de François Ozon s’attarde d’ailleurs à un des moult scandales de pédophilie de l’Église, celui de Lyon. Sodoma, le dernier livre de Frédéric Martel – décortiqué cette semaine avec brio par ma collègue Denise Bombardier –, lève le voile sur l’hypocrisie ahurissante d’une Église où les prêtres homosexuels seraient nombreux, mais tout aussi abuseurs et homophobes que ses hauts dirigeants.

Au sommet sur les abus sexuels, le pape François dit réclamer des « mesures concrètes et efficaces » « face au fléau des agressions sexuelles perpétrées par des hommes d’Église à l’encontre des mineurs ». Encore une fois, c’est trop peu, trop tard.

Inexorable

La réalité brutale est inexorable. La culture d’abus et d’exploitation sexuels est enracinée dans l’Église à un point tel qu’elle risque fort d’être impossible à réformer. Son dérèglement moral et éthique touche toutes ses composantes. C’est un véritable cancer institutionnel dont les métastases sont incurables.

Des « actions concrètes », demande le pape ? Tant que l’Église imposera le célibat à ses prêtres, n’évincera pas TOUS les prêtres abuseurs et s’entêtera à interdire la prêtrise et la papauté aux femmes, les abus continueront. Dans l’Église comme dans la société, tous les hommes ne sont pas des abuseurs, mais la quasi-totalité des abuseurs sont des hommes.

Régie exclusivement par des hommes, l’Église ne se purgera jamais elle-même de ses propres démons. Par définition, le pouvoir sans limites des hommes qui s’y exerce l’en empêche.

Pour ses fidèles, le comportement éhonté de l’Église est une trahison. Tant qu’elle se refusera à la modernité, la diversité, l’égalité en droits des femmes et au respect des enfants, elle pourra bien tenir tous les sommets qu’elle veut. Qui la croira de toute manière ?